Vedette

20170214 visage mangé par le noir


Je me mets dans la peau du fantôme.
Il faut que cela ait passé le filtre infini des jours. Quand je ferme les yeux je vois ces petits points que je ne peux pas nommer ni reconnaître, un motif probablement d’insatisfaction qui danse, seul. Il faut que je reste assis face au rien pour trouer l’ennui, le martyriser. Seul le dérisoire vient se pencher sur mon épaule. Je rêve de prendre un bus, un bus vide qui roulerait au hasard et s’arrêterait devant les divers états de la mémoire, telles des boutiques désaffectées, des défaites.
Je regarde passer les événements, ouvert à toutes les expressions, un chronomètre à la place du cœur. Le monde est une sphère qui ne tourne pas autour de moi ; simplement, s’éloigne. Je remue les lèvres pour personne.

Je repense parfois à ces photos anciennes de vingt ou trente ans, quand l’appareil était trop rudimentaire pour désavouer l’ombre qui gagnait la partie, et la lumière déclinante plus assez forte pour éclairer les visages en face.
Cela faisait la beauté du visage, cette absence dans la lumière rasante, l’impossibilité toute fraîche de ne plus voir les yeux qui eux vous dévisagent, l’heure où cela basculait sur les façades. C’est par exemple sur un balcon, il est déjà un peu tard, on est sûr que le temps va passer encore aujourd’hui.
Le visage est déjà dans le noir.
Tu sens la douceur du scandale, tu sens déjà comme une disparition, un twilight.

Il ne reste plus que la poussière de l’idole Amour brisée, et elle s’est lavé les mains avec mes larmes.

20170228 mantra contraire


il est temps de se regarder en face, et de dire ce qui ne va pas. à quel point je suis loin, loin de tout ce que je pouvais espérer. une chanteuse seule me tient compagnie à la radio. je fais ce que je fais en faisant autre chose. autrement je n’y arrive pas. je dois un peu détourner les yeux. de moi-même, de ceux qui me regardent. « incroyables réponses stupides au maillon faible », c’est écrit, sous mes yeux. mantra contraire. personne ne m’a dit ok. de toute façon je n’aurais pas été d’accord. j’en ai, des 04 heures 07 en réserve, à écouter le tristango. je suis prêt à échanger tout contre un seul visage. qui me regarderait et que je regarderais aussi. avec envie de cinéma permanente, façons étranges de se nourrir.

je ne sais pas quel trésor que je n’ai pas je dilapide.

20170220 light drizzle


je colle des phrases : je parle brièvement à quelqu’un qui travaille dans la « communication de crise ». l’expression me fascine, je la trouve belle et romanesque. est-ce tant opposé. est-ce qu’aller au supermarché faire ses courses est la négation de l’écriture ? causerie qu’a rien à dire. c’est l’anniversaire ou je sais pas quoi de Warhol, Andrew, Andy.
un livre sur quelqu’un qui adore les chiens ? un livre sur quelqu’un qui déteste les chiens, qui promène des chiens, qui vend des chiens, le chien comme monnaie, comme objet de réel, bref non à tout.
mais une histoire, c’est difficile, parce que c’est quelque chose de très grand (comme un vêtement). c’est-à-dire que c’est tout un défilé. et aussi je veux lire lire lire lire. qu’est-ce que je pourrais bien raconter. une vie inintéressante comme la mienne. la vie qui regarde la vie. la vie qui enlève ses habits. la vie qui se demande, la vie qui fume une cigarette, la vie qui gratte. oui à tout.
j’étudie toutes sortes de personnalités. d’une seule passion.

20170212


on est dimanche. encore un rêve oublié. attente du soir dans le silence. attente du soir et de la nuit. de l’attente comme attentat. en attendant, conversations à propos des conversations. comme quoi je préfère la musique, les performances solitaires du laveur de carreaux. l’or du dimanche sans alternative. raconter toujours la même chose, donc ne pas le raconter. y a-t-il une solution à ces films muets en attente dans les parois de la pensée ? ne pas savoir jamais.
Alice qui a connu Kafka. Celui-ci l’emmenait promener, il lui achetait des glaces, il souriait et racontait des histoires drôles. prénoms magiques des alices dans les villes. sauf qu’ils allaient aussi dans la forêt. comment savoir ce qu’il en sera, puisqu’on est aujourd’hui et seulement aujourd’hui ? si tu fais simplement le tour de l’arbre, tu me trouveras.
« Restez calmes. N’oubliez pas. Le calme, c’est la force. » (l’amie d’Alice)

20170211 Carl Andre


Dans je ne sais quel palais.
J’avance sur les dalles d’acier et je me dis que je ne connais peu de plus belles sensations que de marcher sur une œuvre de Carl Andre. Tout est différent, et pourtant je ne fais que marcher. Les dalles oscillent légèrement, et toutes distinctement, chacune à leur manière. Elles sont en variation de couleurs et d’épaisseur. Le bruit discret qui est produit à chaque pas me traverse le thorax, j’en suis à moitié l’émetteur et le récepteur. Frissons et férocité, que je suis seul à percevoir. J’en suis prisonnier, prison d’air libre et de matières, de métal. L’œuvre me soulève c’est une sorte de marée intense et basse, un écartement léger du monde, nous nous supportons vivre mutuellement. Je respire en mieux sur des carrés de désir et de déséquilibres. E. est d’accord avec moi, elle ne dit rien, elle marche. Je pourrais y rester très longtemps, le temps qu’il faut pour enfin arriver nulle part.
Et les sculptures de papier. Ne pas en parler. Je préfère les garder en joue, en moi, à distance de toute parole. C’est une claustration du langage, elle est salvatrice. L’œil lit ou plutôt se promène. Nul besoin de choisir ou d’ordonner.

20170131


en ces temps de sur exposition, de sur représentation, de sur production, il faudrait plus que jamais être sous exposé, rare, silencieux, sibyllin. c’est infernal cette recherche d’écoute ou de notoriété, qui contamine même le plus rétif. problématique de l’époque. à laquelle il m’arrive de penser trop. c’est une autre sorte de refus du présent, quel qu’il soit.
oui car il faut que chaque présent, même pauvre ou misérable, soit accueilli comme il se doit, comme un roi.

20170126 destin de nocturnes en plein jour


il me fallait recréer la nuit en plein jour. des stratagèmes, de la fatigue et du relâchement ; de la musique. filtrer la lumière par la grâce de ces lourds rideaux, plein des années et de tout ce qui s’y était accumulé. fumées, lumières, idées nombreuses et non réalisées, et toutes ces choses qu’on pense et qu’on ne fait pas. des chimères invisibles peuplent mon appartement en connexion perméable avec mon esprit. je repense à de vieilles images de films désormais privées de son, mélangées les unes aux autres, toutes retournées à la période du muet et qui tournent inlassablement, à ma disposition, selon de nouvelles configurations, dont les sens et les raisons m’échappent.
je rêve aux après-midis, aux films que je voyais en salle à l’époque l’après-midi, salles à peu près vides.. je repense à La Femme au portrait, à Fred Astaire en costume blanc.
les couloirs, les couloirs du cinéma. n’oublie pas les couloirs du cinéma. je repense aux rues, aux carnavals, à l’hiver, à la nuit qui tombait doucement, à la neige. au visage à peine entrevu de cette fille qui sans cesse disparaissait. il s’agit juste de faire une promenade, une longue promenade dans le passé, de faire le tour de mon cœur. le passé a été inventé pour la fiction, pour le roman.