poem user: unknown


idiot i don’t
want anything anymore
at least
just play with the two hundred
eng. words i learned on
babbel
that’s magnifying
the reflected life
the empty room
and the blurry kitchen
sink

my curtains are closed
as the comments

i can just hear the rain falling on
the imaginary trenches
my inner library is bleeding
as i lay
as the abandoned
bitten sandwich

these days days are
everything electronic
days of second hand
somewhat recoverable
btw i need a new table
please be plastic
because i love this word
and i need to put things (and my spirit) down
for example
the last items i bought
for making drawing music
contradict the octopus
and signature nightmares

all of that is a new language
smart, concrete
blocks built
anonymous
i dont even know if it needs to mean something
i need to break lines
what I usually hate to do
but suddenly when tearing sentences
new forms appears
so it’s not to divide but to approach

i almost clicked
i am saved
last time i spoke eng. i was in pol(and)
in quest of love
but i failed but i tripped i stutter
found bitter winter

i used to seat in cafeterias
ordering incomprehensible cakes
half hopeless half enamoured
but totally lost
my approximate heart mistranslated

ordinary when i’m sad
i just mute, remain silent
and buy polypropylene cases
at muji’s

but there wasn’t in pol.
only churches empty museums
and that terrifying place
and ghosts everywhere
and me walking in cold streets
with my tiny history
being more and more little
for non-staring eyes

since then
i kept these habits
murmur in shopping malls
buy cheap bouquets of flowers
to offer to anyone

and i rush calmly through the emergency exit

— not even a diary / 2019-0522


« C’est lié à l’amour », prononce une phrase dans ma tête, sans que je sache qui parle et de quoi. Peut-être un double dans le double-fond de mon être, dans la backroom ou le boudoir de mon âme. En même temps, mais de très loin, à peine perceptible, j’entends un bip, bip, bip, répétitif, et je suis incapable de déterminer s’il vient du même endroit ou simplement de derrière la fenêtre. Mais s’il vient de derrière la fenêtre, comment peut-il percer et s’imposer malgré l’énorme bruit des travaux de ma rue, qui depuis aujourd’hui semblent avoir lieu même la nuit, puisque nous sommes bien la nuit, n’est-ce pas ? Il est vrai que ce n’est pas sûr, dans la mesure où je n’ai pas ouvert les rideaux pour vérifier. Je me fiais simplement à tort ou à raison, à l’horloge interne. Mais j’ai hâte de l’épisode suivant, car j’ai bien envie de savoir ce qui est lié à l’amour. L’expérience incontrolable de la vie est liée à l’amour, mais je ne sais pas trop ce que ça veut dire. L’impossibilité d’aider quelqu’un qu’on voudrait aider / qui aurait besoin d’être aidé, c’est lié à l’amour, mais d’une façon contrariée ; plus j’y pense et plus je trouve de choses liées à l’amour en même temps qu’un désert.

Mandrake Modiano — not even a diary / 2019-0521


Le système automatisé de dépêches par télépathie m’informe qu’un nouveau livre de Patrick Modiano va être publié. Son titre est étonnant et beau, et se rapporte un peu à une histoire qu’on m’a racontée il y a déjà longtemps. Quand je pense à Patrick Modiano, un nuage entier de mots, d’images et même de sons vient instantanément s’agréger dans ma rêverie. Mais il y a une anecdote que je chéris plus que tout, tout à fait concrète pour le coup ; elle m’avait été rapportée par une (plus ou moins) proche de la famille : si je me souviens bien du récit qu’elle m’avait fait, l’écrivain traçait, chaque jour, une ligne sur une page blanche, et le travail d’écriture consistait à écrire jusqu’à la ligne matérialisée. Une fois qu’elle était atteinte, le travail du roman était fini pour la journée, et ce jusqu’au lendemain, où tout recommençait. Je n’ai d’ailleurs pas besoin de P.M. pour penser à cette ligne, j’ai toujours pensé très souvent à cette ligne, cette ligne m’attire, me fascine, je la comprends tout autant qu’elle me fascine par son vertige familier.

Certains jours, fréquemment, je me demande comment était la veille. Alors je saisis mon téléphone, et je regarde les photos qui y ont été enregistrées. S’il n’y en a aucune datée de la veille, je ne suis plus très sûr que la journée ait bien eu lieu. Je m’efforce de rassembler les souvenirs, je suis foutu d’aller chercher une trace de cette journée de la veille dans un extrait bancaire, un sms déjà enfoui sous la pile des messages ou des silences. Mais à quoi bon ; la plupart du temps tout était déjà dit dans les juke-boxes.

Un des meilleurs trucs à Paris : quand il est après deux heures du matin et que le chauffeur de taxi écoute TSF Jazz. On pourrait rouler des heures dans la ville ; on ne veut finalement plus rentrer chez soi.

Rêve et pratique d’écriture médiumnique. Je laisse le soir passer. Je laisse le temps me dépasser, complètement et contemplatio. J’oublie tout ce que je sais. Je laisse mon attention se défocaliser vers l’extérieur, sur un événement quelconque, fantasme rythmique et cycle d’évasions. La peau se détend. Nous n’avons plus besoin de parler ni de regarder, je peux laisser la main à Mandrake.

Mandrake

Revoir Le Décalogue — Dzisiaj Dekalog – 01


«Vivez avec égards, regardez autour de vous, prenez garde à ce que vos actions ne causent pas préjudice aux autres, ne les blessez pas ou ne leur causez pas de peine.»

Regardez autour de vous

Une œuvre très courte peut venir brûler d’un feu plus brûlant toutes les très grandes œuvres très amples. Ce film est aussi fascinant, aussi fort qu’un filmfleuve (comme par exemple, Satantango). Pourtant il passe par une forme beaucoup plus classique, si je devais catégoriser: le film avec personnages qui dialoguent. C’est aussi un film avec personnages qui se taisent. Ce qui est troublant, je redécouvre, avec Kieslowski, c’est à quel point l’ancrage réaliste est à la fois très stylisé. Mais, discrètement: ça peut passer presque inaperçu, il n’y a pas d’effets de style, et c’est quelque chose là d’une grande beauté. J’aime de plus en plus le cinéma discret, le cinéma qui passe en fraude, qui passe parfois dans tel ou tel « petit (télé)film » qui ne paie pas de mine. Il faut déceler. Cela peut passer presque inaperçu, car bien sûr, comme dans toutes les grandes œuvres, cela trafique avec l’invisible. En quelque sorte, le cinéma insaisissable.

Je me repassais tout le film dans ma tête, en pleine nuit. Je revoyais sa construction, d’une précision et d’une finesse inouïes. Les larmes de la tante, les larmes de l’ange-vagabond, au tout début du film, alors même que leur sens nous échappe, car elles sont situées en amont dans le métrage, avant l’histoire, en quelque sorte. C’est musical, en plus d’être narratif par anticipation. Et bien, on ne peut pas les comprendre, on ne peut pas les voir, on ne peut même pas les apprécier, dramaturgiquement.
Cela n’appartient encore qu’aux personnages, eux seuls savent, nous ne savons pas encore, nous ne souffrons pas encore. (À noter que seule la sœur verra « l’image d’après », contrairement au frère qui, pourtant incrédule, ira renverser l’autel…).
L’entrelacs des signes tout au long du film est une sorte de piège, piège à la beauté. C’est peut-être symbolique, mais ce n’est pas allégorique. Je veux dire que cela ne prime pas, cela vient en plus, ou après, comme par enchaînement de forces. Mais les liens, les signes, les mystères, peuvent s’imprimer en nous et se révéler plus tard, dans la pensée, dans l’insomnie, ou secondairement bien sûr à revoir le film, ce qui est tout à fait faisable: car on peut revoir dans la foulée le film une deuxième fois sans ennui et prendre conscience de son effroyable densité, force, puissance. Et quelle douleur aussi, ça frappe très fort, sans artifice.
Il n’est pas inutile, pour une fois, de préciser cette chose: l’interprétation de l’enfant est extraordinaire, et la technique et les choix cinématographiques (cadres montage sons respirations couleurs détails articulations) d’une acuité, justesse, esthétique, … quand l’expressivité est si forte, ces trois termes sont synonymes ; et tout cela enchâssé en moins de 53 minutes.
À titre plus personnel, Le Décalogue est inscrit dans mon histoire et dans ma mémoire, c’est un film d’une foule de résonances intimes, c’est aussi mon voyage dans le passé bien sûr, et dans mes passés ; ça me permet de retourner en Pologne, dans mes polognes ; je compte bien revenir là-dessus.

Les choses peuvent aller par deux, mais aussi, par trois ; encre, eau, lait. Traverser le film est un parcours et un cérémonial. On peut gagner, mais aux échecs. Le calcul est voué à chute ; la raison, tout comme la croyance, ces deux termes opposés, de manière égale refroidissent les corps, comme ce glaçon d’eau bénite passé sur le front. Comptent en revanche, le mouvement imprévisible auquel on doit bien pouvoir croire, la course, la glissade, la caresse du loup ; l’envol d’une joie toujours trop brève.

Tu ne m'as pas parlé de l'âme.
À quoi tu rêves ?

noblesse oblige foutraque / 2019-0519


Une bonne manière de faire les choses est de les faire parce qu’il faut les faire, parce que c’est comme ça. Je suis obligé. Je suis votre obligé, enfin mon propre obligé (il y a une vieille expression qui me revient mais elle est repartie, et c’est pour ça que je l’aime). C’est une forme de politesse envers soi-même. Je suis convaincu que la politesse, c’est complètement subversif, complètement musique électronique (je me comprends c’est l’essentiel), et ignoré de partout. J’en suis tout ce qu’il est possible d’en être. De la même manière je peux écrire n’importe quoi, ici, je suis totalement déresponsabilisé, cela n’a aucune incidence sur rien, cette liberté totale est grisante. Parfois paralysante aussi. Parfois et par contre, j’enfonce le clou ; je remets un peu trop les chansons. Je n’ai pas l’air du sale gosse de souterrain que d’une certaine manière je suis pourtant. D’ailleurs, il est un peu n’importe quelle heure, nous sommes un peu n’importe quel jour, je mange un peu n’importe quoi (ad lib). Je ne donne mon avis sur rien, pour les simples et bonnes raisons qu’on ne me le demande pas, et que je ne le retrouve pas dans le fouillis. Je regarde les emballements divers avec une indifférence dingue. Tout se passe au mieux dans l’appel du blanc. Bon je confesse une tendance un peu trop appuyée au multitasking, c’est un peu ça le sucre. Il faut que je fasse une détox. Je n’aime pas Giacometti, Beckett m’ennuie, je préfère Alain Delon dans Le Samouraï qui est un de mes cinq films préférés*. Tout le monde s’en fiche et j’en suis heureux, je m’en remplis un verre à moitié plein. Je suis quand même en colère que France 3 ait viré le Cinéma de minuit, là je trouve ça scandaleux, de faire un trou dans les dimanches comme ça, ça vraiment ça passe pas. Et qu’on le regarde ou pas, ou que ce soit maintenant le lundi (quelle idée vaseuse), c’est pas le problème. C’est un outrage aux dimanches. Là je veux bien signer une pétition. Il y a d’autres trucs qui m’énervent mais je les garde pour plus tard, je tiens à rester poli. C’est ma propre cathédrale que je construis, tant pis si elle est bancale et incomplète (quelqu’un a secoué la boîte d’amulettes). Je sais bien, oui, que ce n’est pas « très sérieux », pas « assez sérieux », pas suffisamment, pas assez Revues et Coteries, je suis le premier à en souffrir les conséquences, mais que faire. Les chiffres sont mauvais comme le temps. Fra Angelico, Jef Costello, veillez sur moi.


*j’ai même fait la traversée de l’immeuble, faudra que je raconte.

— not even a diary / 2019-0517


Je marche boulevard Brune les mains dans les poches. Il y a un air, une lumière qui vous fait sentir ailleurs, à une autre époque de votre passé. Je croise le chemin d’un petit garçon au sac à dos entrouvert. Il semble fasciné par une sorte de tuyau qui sort d’un mur, à sa hauteur, un genre de vanne avec un volant pour l’ouvrir. Il la regarde, la touche sans oser la maœuvrer. Comme lui, je me demande à quoi elle peut bien servir, ce qui pourrait en sortir si on tournait le volant rouge vif. Il a l’air à la fois ici, très concentré, et un peu ailleurs. Puis il regarde autour de lui, par à-coups, à des zones très localisées qui ont l’air de se situer autour de mes jambes­ ; je me retourne sur moi-même, regarde aux mêmes endroits que lui pour essayer de comprendre, mais je ne comprends pas. Il a l’air de voir des choses que je ne vois pas.

Quelques heures plus tôt, nous nous demandions si des gens allaient encore aux Bains Douches. À cette évocation, j’ai revu, sans rien en dire, une grande salle sombre, un défilé de mode sur une plateforme, des personnes aux visages enfouis, j’ai senti à nouveau la pression des basses profondes reprendre son ampleur autour de nos respirations.

J’écoute, pour la millième fois, F., de C.B. Ce titre est comme un diamant qui se taille lui-même.

Plus tard dans la nuit, à la fin de ma course, le taxi sort de la voiture en même temps que moi ; nous bavardons cinq minutes sur le trottoir, il est environ une heure du matin. Il me dit, deux fois, il me dit deux fois qu’il est allé mangé chez sa mère, à Montreuil. J’ai l’impression qu’il y a passé une bonne soirée.
Simples histoires de Paris, chaque jour, chaque nuit, mille fois par vie.

De temps en temps, je tape le mot “littérature” dans le moteur de recherche, pour voir ce que ça donne.

Il est très tard. Je ne me suis pas couché. La nuit devient bleue.


trop court. trop bizarre. on ne comprend pas. ça n’intéresse personne. un peu confus. triste, déprimant, mélancolique, léthargique. pas mal. pas.
pas de réaction particulière.

inoccupé désormais


je n’avais pas envie d’écrire. je n’y arrivais pas. je n’essayais même pas. les journées se déduisaient de tout ce que je n’écrivais pas. écouter de la musique électronique pendant des heures. comme ces yaourts glacés que j’avale en pleine nuit. un son après l’autre. c’est tellement concret. il y en a pour chaque moment. cela s’accorde parfaitement à chaque moment, à chaque version de mon visage. pourquoi il y a tellement de bonne musique, et si peu de bons films. cette question me taraude. pas de discours, pas de démonstration. je vais à une terrasse de café, j’en ai deux ou trois préférées, et je regarde. je me repose des questionnements, je les remplace par l’observation distraite et flottante. les pigeons chassent les moineaux. je remarque une cabine, une dernière cabine téléphonique. inoccupée désormais. je suis peut-être seul, à la voir. elle a cet air morose des boulevards. vers lesquels je me précipite. chez moi la tristesse est cachée. je ne savais pas, je viens de comprendre. une amie l’autre jour me disait que je n’allais pas bien. je m’interrogeai, je ravalais ma salive, je ne savais pas, je n’avais pas remarqué. je regarde trop les autres, sans doute. chez moi la tristesse est cachée. elle prend une apparence banale, elle est presque invisible. je ne la remarque pas pendant qu’elle me colonise. des phares. des carrefours. la nuit je regarde les phares. je regarde les boitiers lumineux verts et rouges des taxis parisiens. pourrais-je aussi rentrer tard bientôt ? je mets un blouson comme si j’allais sortir. j’hésite, je croise ma silhouette dans l’entrée. Ah, tu sors ? Tu dors ici, tu rentres ? Un je fatigué s’apprête à claquer la porte, sonore. c’est tout un film, dans ce bruit. j’enfile un film, qui ne m’ira pas. je me déshabille, je me change je recommence. plaisir des situations. c’est sans doute un peu grotesque. quand je pense à tous ces problèmes, bien réels, je plaide coupable en riant. je me couche, je bluffe. ma blessure sous l’oeil se résorbe. on voit de nouveau ma cicatrice. elle me manquait dans son losange. je me sentais défiguré et puis j’avais mal ça brûlait, l’oeil sec. et maintenant je suis fatigué comme un glaçon dans le whisky. je me regarde, dans le verre. tout cela m’est égal à moi-même. mais tendresse pour les chasseurs de rêves.