Mandrake Modiano — not even a diary / 2019-0521


Le système automatisé de dépêches par télépathie m’informe qu’un nouveau livre de Patrick Modiano va être publié. Son titre est étonnant et beau, et se rapporte un peu à une histoire qu’on m’a racontée il y a déjà longtemps. Quand je pense à Patrick Modiano, un nuage entier de mots, d’images et même de sons vient instantanément s’agréger dans ma rêverie. Mais il y a une anecdote que je chéris plus que tout, tout à fait concrète pour le coup ; elle m’avait été rapportée par une (plus ou moins) proche de la famille : si je me souviens bien du récit qu’elle m’avait fait, l’écrivain traçait, chaque jour, une ligne sur une page blanche, et le travail d’écriture consistait à écrire jusqu’à la ligne matérialisée. Une fois qu’elle était atteinte, le travail du roman était fini pour la journée, et ce jusqu’au lendemain, où tout recommençait. Je n’ai d’ailleurs pas besoin de P.M. pour penser à cette ligne, j’ai toujours pensé très souvent à cette ligne, cette ligne m’attire, me fascine, je la comprends tout autant qu’elle me fascine par son vertige familier.

Certains jours, fréquemment, je me demande comment était la veille. Alors je saisis mon téléphone, et je regarde les photos qui y ont été enregistrées. S’il n’y en a aucune datée de la veille, je ne suis plus très sûr que la journée ait bien eu lieu. Je m’efforce de rassembler les souvenirs, je suis foutu d’aller chercher une trace de cette journée de la veille dans un extrait bancaire, un sms déjà enfoui sous la pile des messages ou des silences. Mais à quoi bon ; la plupart du temps tout était déjà dit dans les juke-boxes.

Un des meilleurs trucs à Paris : quand il est après deux heures du matin et que le chauffeur de taxi écoute TSF Jazz. On pourrait rouler des heures dans la ville ; on ne veut finalement plus rentrer chez soi.

Rêve et pratique d’écriture médiumnique. Je laisse le soir passer. Je laisse le temps me dépasser, complètement et contemplatio. J’oublie tout ce que je sais. Je laisse mon attention se défocaliser vers l’extérieur, sur un événement quelconque, fantasme rythmique et cycle d’évasions. La peau se détend. Nous n’avons plus besoin de parler ni de regarder, je peux laisser la main à Mandrake.

Mandrake

— not even a diary / 2019-0517


Je marche boulevard Brune les mains dans les poches. Il y a un air, une lumière qui vous fait sentir ailleurs, à une autre époque de votre passé. Je croise le chemin d’un petit garçon au sac à dos entrouvert. Il semble fasciné par une sorte de tuyau qui sort d’un mur, à sa hauteur, un genre de vanne avec un volant pour l’ouvrir. Il la regarde, la touche sans oser la maœuvrer. Comme lui, je me demande à quoi elle peut bien servir, ce qui pourrait en sortir si on tournait le volant rouge vif. Il a l’air à la fois ici, très concentré, et un peu ailleurs. Puis il regarde autour de lui, par à-coups, à des zones très localisées qui ont l’air de se situer autour de mes jambes­ ; je me retourne sur moi-même, regarde aux mêmes endroits que lui pour essayer de comprendre, mais je ne comprends pas. Il a l’air de voir des choses que je ne vois pas.

Quelques heures plus tôt, nous nous demandions si des gens allaient encore aux Bains Douches. À cette évocation, j’ai revu, sans rien en dire, une grande salle sombre, un défilé de mode sur une plateforme, des personnes aux visages enfouis, j’ai senti à nouveau la pression des basses profondes reprendre son ampleur autour de nos respirations.

J’écoute, pour la millième fois, F., de C.B. Ce titre est comme un diamant qui se taille lui-même.

Plus tard dans la nuit, à la fin de ma course, le taxi sort de la voiture en même temps que moi ; nous bavardons cinq minutes sur le trottoir, il est environ une heure du matin. Il me dit, deux fois, il me dit deux fois qu’il est allé mangé chez sa mère, à Montreuil. J’ai l’impression qu’il y a passé une bonne soirée.
Simples histoires de Paris, chaque jour, chaque nuit, mille fois par vie.

De temps en temps, je tape le mot “littérature” dans le moteur de recherche, pour voir ce que ça donne.

Il est très tard. Je ne me suis pas couché. La nuit devient bleue.


trop court. trop bizarre. on ne comprend pas. ça n’intéresse personne. un peu confus. triste, déprimant, mélancolique, léthargique. pas mal. pas.
pas de réaction particulière.

inoccupé désormais


je n’avais pas envie d’écrire. je n’y arrivais pas. je n’essayais même pas. les journées se déduisaient de tout ce que je n’écrivais pas. écouter de la musique électronique pendant des heures. comme ces yaourts glacés que j’avale en pleine nuit. un son après l’autre. c’est tellement concret. il y en a pour chaque moment. cela s’accorde parfaitement à chaque moment, à chaque version de mon visage. pourquoi il y a tellement de bonne musique, et si peu de bons films. cette question me taraude. pas de discours, pas de démonstration. je vais à une terrasse de café, j’en ai deux ou trois préférées, et je regarde. je me repose des questionnements, je les remplace par l’observation distraite et flottante. les pigeons chassent les moineaux. je remarque une cabine, une dernière cabine téléphonique. inoccupée désormais. je suis peut-être seul, à la voir. elle a cet air morose des boulevards. vers lesquels je me précipite. chez moi la tristesse est cachée. je ne savais pas, je viens de comprendre. une amie l’autre jour me disait que je n’allais pas bien. je m’interrogeai, je ravalais ma salive, je ne savais pas, je n’avais pas remarqué. je regarde trop les autres, sans doute. chez moi la tristesse est cachée. elle prend une apparence banale, elle est presque invisible. je ne la remarque pas pendant qu’elle me colonise. des phares. des carrefours. la nuit je regarde les phares. je regarde les boitiers lumineux verts et rouges des taxis parisiens. pourrais-je aussi rentrer tard bientôt ? je mets un blouson comme si j’allais sortir. j’hésite, je croise ma silhouette dans l’entrée. Ah, tu sors ? Tu dors ici, tu rentres ? Un je fatigué s’apprête à claquer la porte, sonore. c’est tout un film, dans ce bruit. j’enfile un film, qui ne m’ira pas. je me déshabille, je me change je recommence. plaisir des situations. c’est sans doute un peu grotesque. quand je pense à tous ces problèmes, bien réels, je plaide coupable en riant. je me couche, je bluffe. ma blessure sous l’oeil se résorbe. on voit de nouveau ma cicatrice. elle me manquait dans son losange. je me sentais défiguré et puis j’avais mal ça brûlait, l’oeil sec. et maintenant je suis fatigué comme un glaçon dans le whisky. je me regarde, dans le verre. tout cela m’est égal à moi-même. mais tendresse pour les chasseurs de rêves.

days of —

(fuite à travers janvier)

comme les jours sans intérêt en prennent un, à les écrire.
c’est tout à fait
fascinant
Polka
électro
magnétique
J’aime les après-midi, les après-midi oisives. Il en faut, des après-midi presque oisives, pour raconter des après-midi oisives.
frôlé dans la figure une fausse branche d’arbre qui servait de décoration. du bois dans le visage, sans doute du faux bois de ville.
mon penchant à décevoir

faux oisif

mots de peu

on parle de choses et d’autres comme souvent et c’est parfois agréable comme ne pas faire les choses bien c’est de passer d’une chose à l’autre on n’y pense pas assez souvent ça commence toujours comme ça, « être présent à l’intérieur » comme un oiseau furtif

cacher des choses dans peu de mots

Paris vide et idiot L’Avenue de l’Opéra un peu plus sombre Que le reste de la ville La nuit ne sait jamais Comment elle s’appelle Quel nom du jour elle porte, et si elle a déjà basculé Une nuit qui voudrait être d’un autre jour Où personne n’attend personne Pas mal de chaises vides Me retourne vers les dévisages
Nos deux Taxis se croisent comme des divinités accordées

ne même pas comprendre. une chose simple. un nom qui s’efface. ou plutôt qui s’inscrit. sur une pierre froide. nos ventres retournés. brisées nos âmes. l’amer rend place. quand et quoi. inquiète terrasse. j’irai plus tard. mais où? caresser les plumes de couleurs. quoique rétives. danse des retranchements. tout se bouscule, les mots ne veulent pas faire de sens. ils s’imbriquent juste plus ou moins, se heurtent

j’ai effacé les phrases d’hier. comptant en trouver d’autres en-dessous.
j’ai remplacé chaque mot, l’un après l’autre. par celui qui était juste  caché dessous. opérer substitution à défaut d’autre chose. j’ai gardé le silence deux jours. oh ça ce n’est pas si exceptionnel. je savais qu’ils allaient beaucoup parler. j’ai gardé le silence deux jours. oh ça ce n’est pas si exceptionnel. mais le silence lui-même n’y suffisait plus. c’était vouloir se lever sans y parvenir. je mesure mal tout ce qui me sépare de tant de choses, pourtant, je le mesure dans le manque. je suis aussi seul que le pianiste qui termine de jouer, se retourne, et voit qu’il n’y a personne, que tout le monde est parti. tant d’essouflements, alors qu’on est assis
voilà, le monde s’est retiré à nouveau. plus personne ne s’enquiert je suis seul et m’inquiète

je n’ai pas envie de faire la chasse aux idées

et j’ai l’intérieur comme un frigo

Mais, il, lui, est toujours là, penché sur ses mains grelottantes de beauté

exercer les mots à déserter   le sens
la rue Lord Byron, un vendredi soir /

la traverser comme un ventre

depuis quelques jours, le piano de la voisine se fait plus lent, plus mélancolique. je n’entends plus non plus ces éclats de rire qui ponctuaient la journée. les portes ne se ferment plus avec la même légèreté qui caractérisait ses allées et venues Sa main
s’éternise
son
tempo se
fige

un soir pas grand chose se sentir un peu liquide, au loin, sans pouvoir faire signe à quiconque de la main
de temps en temps, je relève le visage, vers l’absence de visage

une horloge confirme, merci les machines

poème sans soirée de nouvel an


entortillant le fil des pensées ou du téléphone
s’ennuyant aux onze coups de onze heures
des soirées à détester d’avance
à rêver de taxis disponibles
pendant ce temps, une jeune femme va bientôt descendre du Paris-Nice
et embrasser des inconnus dans la rue
c’est un autoportrait qu’elle m’a fait dans un message
je me demande si ce n’est pas un rendez-vous masqué
il faut tout laisser jouer
de deux choses l’une, la troisième
embrassez qui vous trouverez
retrouver dans la rue le rougeoiement d’une joue
sur la voie de disparition perpétuelle
lutte croisée de deux jambes en cônes
et bas sans visage
agenouillé devant des pierres angulaires
pourquoi toujours imaginer des trucs sans fin
en longues et interminables détresses
triangle noir
geste d’invite à écarter les réticences

unlimited data


on n’a pas beaucoup de temps, allo, viens vite, dépêche toi, ne t’encombre pas de crises ou d’emportements, ne prends que le vent, hèle un taxi, laisse ton sac se répandre sur la chaussée, piétine le vernis et dessine un cercle sur le sol, sautes-y et rejoins-moi, oui je t’entends oui, c’est très bruyant, oui je t’attends

fais vite car je ne m’ennuie pas et je ne voudrais pas t’oublier : j’ai vu une jeune fille prête à pleurer dans le noir, assise sur la pierre, et les deux mains sur le visage ; c’est peut-être déjà toi à quinze jours d’intervalle, et je me sens prêt à être un chevalier d’escalier, un menteur d’ombre, et j’ai le double des clés.

le temps n’est fait que de trous dans l’attente, de lents tours de pistes, de laps ; je me mets contre le mur pour ne pas tomber, l’oubli est si tentant ses bras ; parfois j’épingle par la pensée quelque captive dansante, fashionée à l’étroit

des morceaux de vingt minutes, des écrans qui font office de miroirs, des silences bien assourdis cachés au plus grand nombre, des pailles lumineuses assorties qu’on agite pour se signaler les uns aux autres

il faut beaucoup d’opiniâtreté, ou bien de trahison, pour rester ici, pour ne pas se dissoudre instantanément dans la nuit qui n’est qu’à quelques mètres hors de la jupe des faisceaux des projecteurs, et tout le monde s’agglutine pour exister, exister encore

on s’ennuyait un peu, ce qui nous rendait plus beaux ; je dis nous car je suis seul, ici, à t’attendre, au milieu de tous ces sans espoirs, je ne sais même plus si ma propre voix existe encore pendant que j’entends quelqu’un hurler where do you live, what do you want, à quelqu’autre, dans sa zone d’’intimité, sans le regarder

mais j’attends, fidèle aux heures, et tu ne réponds plus à mes appels de phrases, même mentales. le taxi-cercle a dû t’embarquer pour un tour d’ailleurs, le monde extérieur n’existant plus que sur les flancs d’émail, dans les reflets de la carrosserie blanche, caresse d’un monde que tu fuis et devant lequel tu baisses les yeux, sans jamais t’y enfoncer, sans jamais y disparaître

mais dans la visée que j’ai du fleuve,
mais dans ta vision derrière la vitre,
les formes et les couleurs ne portent pas vers le même impact, et ajournent nos enchaînements.
je sais déjà que c’est encore une fois où tu ne viendras pas ;
c’est comme un numéro qu’on répète sans cesse, sans jamais arriver au bout, nous trompant toujours d’un chiffre, recomposant chaque soir ce numéro emmagasiné dans nos mémoires.

troublante est cette image en noir et blanc que je trouve de toi, à même le sol, développée par la lumière du petit matin.
une feuille de papier trempée, collée sur le trottoir, des nouvelles de toi, quelque chose entre la page de journal et le dessin à la main d’une craie hésitante.
tu ressembles là à un visage de disparue, à la une d’un magazine. à une star oubliée, une fille de Prague, une terroriste à la poitrine offerte.

je décolle la feuille humide du trottoir. est-ce la preuve que de moi cette nuit tu t’es approchée, et à quelle fréquence t’accroches-tu

et je me retrouve encore avec rien, souvenir de visages qui regardaient ailleurs, souvenir de visages que regardait hier, face à cette boîte dérisoire, dans cette lumière de sortie de secours, sans savoir si est tombé le château des jours ou le château des nuits

précipité de l’été


souvenirs enchevêtrés d’instants inachevés

Aujour’nuit 

Je ne sais pas quel jour on est, je ne sais plus quelle heure il est.
Une petite panique, qui tourne à mon poignet.
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Nous sommes mardi. Enfin nous étions mardi. Ah ces jours, qui bougent sans cesse, dérapent.
Fin d’été. Je me promène au soir en n’écoutant que les bribes de musiques qui sortent des cafés tout le long du boulevard. Un long ruban de son qui bouge en même temps que moi.
Les gens devant les bars ont toujours quelque chose à dire. Ça fait des morceaux de phrases que je recompose, et puis que j’oublie. Ça m’aide à savoir qui je ne suis pas encore.
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Début juillet

J’avais envie de l’été, j’en voulais à mon été, j’avais l’impression d’avoir perdu mon être ou ma raison.
J’avais envie de me réveiller dans une maison endormie et de sortir dans le jardin écouter le silence, un silence rempli d’infra-sons voiler la sphère atmo, d’être écrasé par la chaleur et un demi-litre de sommeil.

Paris était laid vieux pluvieux triste, comme ne tournant pas rond, je regardais les photos de vacances d’inconnus, en espérant m’y voir passer. Je me sentais abandonné, je parlais à des avatars, je n’arrivais pas à me coucher.
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Juillet

Pendant que le France perd je ne sais quoi ni combien au foot, j’embrasse une inconnue, par hasard, dans une cabine de la grande roue du jardin des Tuileries, sans vertige.
Le reste du temps, j’essuie la pluie comme un chat trempé, un chat qui parlerait japonais dans ses rêves.
«Essayez donc de rester silencieux, pour voir»
Heureusement il y a ces deux trois moments par jour où je deviens une phrase même incomplète.
Un jour, je plaisante avec une femme que je croise dans la rue, désemparée, car elle en est à sa quatrième boulangerie à porte close. On rigole par-dessus, parce qu’il y a un truc triste par-dessous.

Et cette femme, encore sur le boulevard.
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Quinze Août

J’étais dehors, il faisait enfin beau, c’était agréable d’être, « dans l’air », pas du tout apprêté, livré en vrac, à déambuler comme un clochard de l’âme.
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C’est un ascenseur, c’est un magasin fermé pour l’été ou pour toujours.
Je marche si lentement, à regarder tous les détails, qu’ils vieillissent littéralement sous mes yeux ; je remonte le temps à force de lenteur.
Ma journée de soleil, à faire très lentement le tour de cette place, au rythme de l’astre, à attendre qu’arrive une éternelle retardataire en veste horizon.

Il pleut à la sortie du film, on fume une cigarette.
Petite iconographie érotique et portable d’un visage de jeune femme sous la pluie devant une affiche de cinéma.

Août s’étirant 

Le bar anglais est fermé, et tous les taxis sont libres. Il fait froid chez soi et je bois dans un gobelet en porcelaine froissée du scotch coupé d’eau. La voix et les réparties de Humphrey Bogart dans Le Grand Sommeil (où il pleut aussi beaucoup) me tiennent éveillé. Lauren « The Look » Bacall parle de Marcel Proust à Philip Marlowe, et puis disparaît. Il y a un moment que j’aime beaucoup, où Marlowe attend, pour reprendre sa filature d’un homme en face, en compagnie d’une jolie libraire à lunettes qui l’abrite un long moment en fermant sa boutique et en lui servant des whiskys. C’est un moment très court dans le film, mais dans ma tête, il s’éternise.
Une après-midi, je reste assez longtemps chez Picard surgelés, le vendeur était accueillant et avait l’air de s’ennuyer comme moi. On attend que la pluie cesse en bavardant.

Cette langueur, cette lassitude qui est une étreinte vide, un train vide ; le train des 3 heures du matin.
Prière d’insérer, sourires et smileys. Un jazz de peau qui flotte en silence.
Je symnole (je somnole en pensant à des symboles).
Je lis que Donizetti était capable d’écrire un opéra en une semaine, et plusieurs chansons «le temps que le riz cuise». Je me fais du riz et rien.

Un ami de retour de vacances m’offre une affiche du film Les Maîtresses de Dracula.
(«He Turned Innocent Beauty Into Unspeakable Horror»)
(traduction à ma sauce : il tourna l’horreur coupable en indicibles beautés)
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« Aimer son nom ». « Aimer son propre nom ». « Aimer son nom propre ». Enfin des trucs comme ça qui remplissent l’espace vacant du cerveau. Mais avec une base 100% vraie.

Je rêve d’une chose en avance, sans rien savoir, et qu’on m’annoncera effectivement le lendemain par téléphone.

Pendant que je dors, une serveuse de bar me tend, en échange d’une cigarette, un paquet de biscuits vide dont je peux lire la marque dans le sommeil, mais plus au réveil. Or, cette inscription était très importante.

Justement, moi qui lis toujours les emballages, parce que j’aime beaucoup cette forme de texte ;
je retiens par exemple: « œuf entier liquide pasteurisé ».
Je me répète la phrase, la formule, « œuf entier liquide pasteurisé ».

Quelqu’un me dit «je voyais le sacré cœur de mon lit».
Une autre phrase passe «peut-être que tu te fous de la poésie», à trois heures trente-sept du matin (je n’ai aucune mémoire des chiffres, mais je l’avais noté). 03:37, c’est une poétique en soi.

Il m’était resté heureusement quelques soirs pour dissiper la chaleur et la foudre,
faire fondre les contretemps, une distorsion des principes,
un tremblement de mains mélangées, les deux bras de la musique,
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pour apercevoir entre deux pulsations de lumière et de noir quelques beaux visages
experts en l’art de la construction de halos démesurés
à crier ce qu’ils avaient envie de se chuchoter.
IMG_3899De toute façon, il était trop tard,
et on se laissait des messages car on n’arrivait plus à se trouver dans la foule.
IMG_3933J’ai envie de fruits d’été, je n’en ai pas mangé assez.
Et voilà les fruits d’automne qui arrivent dans les supermarchés.
IMG_3923L’indifférence, l’indifférence. Je trouve que ça a presque quelque chose de mystique, cette indifférence.
Écrire quelque chose sur l’indifférence. Qui ne rencontrera qu’indifférence.

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«Filles des nombres d’or / Fortes des lois du ciel / Sur nous tombe et s’endort / Un dieu couleur de miel»
Paul Valéry