des fermoirs des agrafes


beauté des fermoirs, des agrafes. fin crochet de métal qui vient se ferrer sur le cercle qui retient la pellicule de nacre galbée et sculptée. quel acharnement, que de luttes. une petite boîte arrondie, ciselée. une peau si fine qu’on pourrait voir à travers les secrets. quelle force. arriver jusque-là, traversée des époques, le sang séché n’est jamais totalement effacé. quelqu’un regarde depuis l’ombre, borgne, de ces années noires. dissimulé dans le passage. sur le col, des poussières de larmes, le sel cristallisé. piano mécanique car ils sont tous morts, ou emportés. combien y en avait-il, combien ont disparu. dernier spleen, dernier spécimen.
comme la beauté peut faire souffrir, n’est-ce pas. 
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20160218


J’énumère les restes, je les accommode. Des patches. Compter les jours d’absence aux fenêtres. Il y a des temps qui restent dans la glissière, je fais les distributeurs, les machines à sous, pour récupérer un peu de monnaie de temps. Chaque jour, dans tout qu’on me dit, je pense qu’il doit bien y avoir un truc avec sens caché, une vérité capitale et masquée. Je vais bien en trouver un morceau. C’est un peu comme plonger le bras à travers la gueule jusque dans les entrailles d’un poisson ruisselant. C’est à la fois dégueulasse et très beau, brillant comme cette peau d’argent. Les paroles ordinaires qui ouvrent des coffres en argent. Ordinaire, comme l’étaient les croissants quand ils étaient extraordinaires. D’heures en heures, il y a parfois quelques secondes qui nous sauvent. Un peu plus aiguës, musicales. Je passe tout au rattrapage. Ces journées bénies où l’on ne répond à aucun questionnaire. Des jambes qui n’appartiennent à personne, sur des corps qui fuient dans les coins. Temps d’avance dont je ne fais rien. Soupirs de malaise à l’adresse mal définie, bancales collections de mélatonine.

20151209 23+1


Je suis incapable de dire comment s’est écoulée cette journée, ce qu’il s’est passé. Comment je suis arrivé, par exemple, à l’heure de 23 heures. Et pourtant c’est bien l’heure que je lis maintenant, illuminée en chiffres rouges comme des clous de lumière plantés devant mes yeux qui n’en reviennent pas. Le banal gagne souvent la partie, et il a tous les droits de rejouer, sans fin. Un grand pouvoir (à lui opposer) : la poussée en désordre de phrases dans un grand arbitraire délivré du sens.
L’heure intéressante, c’est quand il est trop tard, quand il commence à être trop tard. Le sentiment d’un boyau étroit, le sentiment d’une sorte de gâchis. Tout me semble fragile, perdu, précieux. Je ne peux regarder autour de moi car il n’y a rien. Je suis dans ma chambre, rien n’a bougé. Je me suis levé sans y penser, j’ai juste suivi quelques automatismes, quelques impératifs. Dégageons l’impératif et que reste-t-il ? La marge de manœuvre me semble si fine, presque inexistante, particulaire. À travers mon esprit passent les ombres fantômes d’autres lieux. Que j’ignore, que j’imagine. Ce sont des ressources auxquelles je ne sais pas accéder. Des mirages qui me sont barrés. Du passé, de l’ailleurs. Définir sans précautions, dire ce qui est, ce qui passe. Même et surtout si c’est faux, ce sera vrai la seconde d’après. Car c’est la seconde d’après qui importe, pas les semaines ou les années.
Je suis toujours étonné de voir que la ville existe encore, en bas. Certains s’échangent des secrets. Longtemps, on ne me donne ni ne me demande de nouvelles. Comme si mon propre silence était une peinture toujours trop fraîche, intouchable. À portée pas de pierre assez dure pour briser le cristal. Je me coupe les mains sur les choses faciles. Plaisir de ne pas réfléchir, de se contredire. J’écoute, brisé de fatigue, une chanson immortelle qui a trente ans. C’est mon repeat paysage du soir. Quelque chose me dit qu’à cette heure-ci, la Joconde s’ennuie. C’est une heure qui ne correspond à rien, une musique de ville vide. Personne nulle part ne va rien vous demander.

Violette dans le parc


J’attends Violette dans ce parc magnétique. Une zone fantomatique qui sépare le quatorzième et le quinzième arrondissement, et où presque toute notre presque-histoire se sera située. Nous sommes en novembre, un novembre plutôt clément, mais traître aussi, à nous donner ainsi des envies d’été, alors que très prochainement le froid viendra métalliser nos visages. Violette est avec une amie, en train de nettoyer un appartement qu’elles occupaient, elle doivent rendre place nette et restituer l’endroit au plus vite, elles s’y sont évidemment prises à la dernière minute. Elle sait à peine où elle habitera après. Je ne me souviens plus pourquoi il est décidé de nous voir dans ces circonstances peu propices, entre deux portes. Mais à la réflexion, tout aura été ainsi, bancal, emprunté, juste mordu, en dents de scie ; sauf à quelques moments qui sans nul doute peuvent aujourd’hui être considérés comme des accidents, des arrangements fortuits dont seule la réalité détient le secret et la cause, bien serrés à la gorge.

Il fait quand même assez frais, en attendant Violette. Je tremble peut-être un peu. Des enfants jouent en se découpant en silhouettes devant le soleil relatif. Je me souviens de mon impatience, car je ne savais qu’en faire. Tournoyer sur moi-même en piétinant les trottoirs et la chaussée, me regarder dans les rétroviseurs. Jeter un œil aux marchands de vin, au marché des esclaves d’un coup d’œil par dessus le passé qui traîne là. Les rues font des angles, comme toujours, mais j’ai le temps de m’y accrocher. Il y a des restaurants et des gens qui finissent des déjeuners hostiles, des déjeuners d’affaires, d’étranges affaires. Ça se voit à la manière qu’ils ont de tripoter les restes de pain à la fin du repas. J’attends ; je voudrais déchirer la brume mais je ne sais pas comment m’y prendre.

Voilà qu’arrive Violette, je la vois au loin s’avancer en coupant le parc en diagonale. Je la vois de loin, je sais que c’est elle, j’ai un sens spécial qui lui est dévolu tout entier, ma peau est en alerte complète, hérissée, quelque chose m’a poussé aux extrémités, depuis que je la connais, je regarde tout différemment car son visage a ouvert une voie dans l’horizon, qui a tout bouleversé.

Nous faisons quelques pas dans le parc, elle me parle de taches sombres qu’elles ont faites dans l’appartement, et qu’elles n’arrivent pas à enlever, sur la moquette. La propriétaire les a vues et les harcèle. Je ne demande pas de quoi il s’agit. Son jean est extrêmement sale. Je regarde ses cuisses, parfaites dans leur rondeur ovale, on dirait les fuselages de je ne sais quel véhicule.

Au centre du parc, y a un petit temple dérisoire, et tout autour de la boue car il pleut presque sans cesse depuis deux jours, on a l’impression que nous allons tous nous décomposer, cela me revient soudain, cette pluie, qui frappe le visage de Violette, le fouette.
On reste assis, dans cette imitation de temple ou de ruine, même pas à couvert, sous l’eau, le temps de quelques cigarettes qui ont toutes les peines du monde à se maintenir allumées. Elle ne me dit presque rien. Toujours des enfants jouent, on entend leurs cris, tendus, en joue. Si je ferme les yeux, leurs cris de joie sont des cris de panique.
L’amie de Violette lui téléphone plusieurs fois de suite, car elle ne supporte par de devoir continuer de nettoyer seule les taches dans l’appartement, si bien qu’elles échangent davantage de mots que Violette et moi, laquelle néanmoins, en contrepartie, ne cesse de me regarder, comme si elle craignait d’oublier mes traits. Elles communiquent leurs secrets dans une langue codée de produits d’entretien et d’extraits chimiques. Un instant j’ai l’impression que Violette a peur, peur que je comprenne je ne sais pas quoi. Elle raccroche, me dit qu’elle va y retourner.

Dans ce parc où nous ne nous aimions pas, j’en avais pourtant la folie ; en dépit de toutes les impossibilités à le faire, en dépit de cet égarement que je pressentais chez elle, et de son incapacité, bien pire que la mienne, à n’exister que dans l’intensité d’instants en courant alternatifs et discontinus. Nous ne jouons pas dans la même pièce, chacun de nous dans la tragédie d’à-côté.

Soudain, au moment de partir, elle se jette dans mes bras, s’agrippe littéralement à mon torse, se serrant de toute sa férocité, comme si elle voulait frotter son désarroi au mien, pour qu’il se passe peut-être quelque chose d’imprévu, pour fabriquer un peu d’électricité. Elle sanglote, les enfants cessent leurs jeux et nous regardent, nos vêtements et chevelures sont trempés, je crois qu’elle a simplement envie de laisser les traces de ses vêtements salis sur les miens, mais je sens aussi qu’elle a froid de très loin et depuis très longtemps, peut-être depuis toujours, et qu’ainsi, accrochée à moi, elle me parle pour une possible dernière fois sa langue des frissons.

trompe-l’œil


Sauver la journée, par quelques lignes, parce que le réel n’a fait que décevoir, aveugler, décourager, par l’accumulation incessante de contrariétés même pas décisives, simplement par la petitesse, le décousu en toutes choses, comme si votre envie de bricoler était rendue impossible, du fait d’outils trop grands pour les pièces à manipuler.

Se déposer, à défaut de me reposer. Car je sais, que dans un double fond qui échappe à la vue, à la conscience, il y a un dépôt, secret, peut-être dérisoire, peut-être inestimable, qui se fait, qui s’escamote encore, une valise prête pour le jour où je la découvrirai.

Je suis sorti sur la rue à l’heure où les gens dînent, où les magasins ferment, il y avait cette pluie et quelques touristes trop peu vêtus, ils hésitaient en regardant les plaques, je me suis mis sous le store d’une joaillerie fermée (impossible d’y acheter un brillant, toujours vouloir acheter un brillant devant la grille fermée d’une bijouterie), je m’y suis mis pour regarder, être entre deux rues, regarder, je ne sais pas, il n’y avait pas grand chose, la pierre qui ne brille pas, quelques marcheurs, l’épicerie vide, la ville au ralenti ; et pendant quelques secondes, quelque chose, une impression très ancienne, est repassée dans ma zone de trouble, en suspension à hauteur de mes yeux comme un drône. J’ai pu la fixer un instant, la respirer seulement, il était impossible de faire appel aux mots ou aux images, je sentais que ça allait faire fuir encore plus vite la sensation. Il n’y avait rien à en dire, il fallait composer avec ce pauvre clignement, une apparition de rien, cette basse tension, cet impossible à dire, une ruine, ce genre de ruines dans lesquelles on déambule sans même d’abord le savoir et qu’on ne remarque qu’en en sortant, plutôt qu’on ne les admire de l’extérieur avant même d’oser y entrer.
Il me semble que la sensation était logée, vibrante, dans les coins de mon champ de vision, qu’elle en saturait les teintes, et qu’elle entrait en collision avec le souvenir de quelque chose qui lui ressemblait, comme deux calques approximatifs, à des années de distance.

J’ai toujours cette envie de me retourner, pour essayer de sauver quelque chose, entrevoir in extremis un visage derrière mon épaule, je cherche la coïncidence de l’occurrence unique, l’encore jamais meurtri, une patience de pierre, un tour de passe-passe, l’illusion incisive.


Quelques faits sans rapports (je suis elle je ris heures dire de qui elles mime)


Depuis que je suis rentré de ces quelques jours, le sommeil me prend aux moments les plus inattendus. Je lutte, diversement. Je ne l’écoute pas assez. Pourquoi ne pas lui donner plus souvent raison, s’y rendre (« je me rends ! » comme dans le jeu, étendre les bras, baisser les yeux). « À détailler », tout comme ces « rêves du grutier » auxquels je pense brièvement au réveil, justement, ce matin. Hier soir j’écoutais le bruit typique de la rue un samedi soir (voix jeunes qui rigolent sur les trottoirs). L’abribus est comme un café ouvert toute la nuit. J’ai aussi rêvé que j’étais en train d’acheter un appareil photo. Et j’hésitais entre deux modèles complètement identiques. J’ai eu quelques confidences surprenantes. Un ami rencontré vendredi me parle d’une femme qu’il connaît, célèbre et âgée, qui vit désormais très seule. Son nom est brûlant comme l’a été sa vie. Mais elle ne sort plus désormais, elle a dû sortir « deux ou trois fois en une année ». Il vient juste de chez elle, elle lui a donné deux tranches de cake au citron que nous partageons dans ce café remis à neuf de la rue du Temple. Je rentre chez moi et m’endors un peu. Une amie refait surface et me téléphone. Son appartement est en travaux, elle vit en ce moment dans le bureau qu’un type, un amant, lui a prêté, une chambre de bonne dont il se sert comme bureau. Ils se croisent ainsi, deux fois par jour : le matin, il vient travailler (il apporte des croissants et ils partagent un petit déjeuner), et elle quitte l’endroit pour gagner son lieu de travail à elle. Le soir, elle rentre dans la chambre de bonne que lui quitte pour rentrer chez lui en lui laissant l’endroit. Ils passent encore une demi-heure ensemble à ce moment-là. C’est une espèce de double rendez-vous secret, quotidien, qu’ils partagent, entre deux portes. Dans mon immeuble, un élève violoniste répète sans cesse la même phrase musicale, compliquée. Moi, l’accompagnant, je me reprends à faire (vieille lune) des exercices de dactylographie, je tape des lignes de « film mime sidi miel legs fils lise mile file midi fiel mimi »*. Je progresse, mais je ne « maîtrise » que 14 lettres. Je me surprends, chez moi, à faire des choses à des heures indues. Une leçon d’allemand à deux heures du matin peut avoir quelque chose de réjouissant. De temps en temps un parfum me revient, comme ça, sans que rien ait été là pour le déclencher. J’ai acheté un chocolat noir qui n’est pas de très bonne qualité, mais il est constellé de cristaux de citron vert (qui rattrapent tout), qui restent en bouche quand tout le reste a fondu, et qu’on peut mordiller pour en faire jaillir les pointes d’acidité (parfait pour la nuit). Il fait plus jour et plus doux, on peut laisser la fenêtre de Paris ouverte. Tiens, je remets des majuscules. Et un repas de fruits rouges et noirs comme une religion qui c/r/oulerait sous la dent.


*le poème du cours de dactylo gratuit :

je suis elle je ris heures dire de qui elles mime
lis gel filles quelle simili femme seigle les mile film rigide
tes films titiller elle est tutu tu se timide yeuse tirer
quelles rire guide quelque firme que grief seuil diseur figure
rhum user rire urus ruse luge ride suer rude dure rire fuel

Un léger flou


j’étais chez l’ophtalmologiste. j’étais pile à l’heure, moi comme l’horloge de ce jour. j’ai remonté la rue, passant devant la villa italienne, l’Institut en travaux (dont j’ai aperçu la cantine où j’avais mangé, une seule fois, il y a bien longtemps, avec quelqu’un qui avait littéralement partagé son propre plateau-repas avec moi, sous l’œil suspicieux et même les remarques acerbes des employés). c’était la deuxième fois que j’allais en visite chez cette ophtalmologiste, j’ai reconnu l’endroit. dans la salle d’attente il y avait un homme avec des lunettes noires, mais c’est sa femme qui a consulté ; je n’aurais pas imaginé qu’ils étaient ensemble. elle ressemblait à un personnage de roman anglais. il s’est mis à regarder l’heure sans cesse une fois qu’elle fût partie avec le médecin, en soulevant son poignet nerveusement. je suis allé aux toilettes, j’avais bu trop d’eau. il y avait une baignoire et un bidet, placés en diagonale l’un de l’autre. j’ai essayé de ne pas faire de bruit car il y avait une porte commune avec le cabinet de consultation. l’endroit avait quelque chose de sinistre, avec une note comique dans les détails : le presque-rien, le propre-sale. ce carrelage rose. j’imaginai, un instant et avec une légère panique, que le médecin vienne me chercher dans la salle d’attente et que je n’y sois pas encore revenu. que se passerait-il. on me prendrait ma place. mais qui, personne, le type d’après n’était pas encore arrivé. il n’y avait pas de musique dans la salle d’attente. je n’ai pas non plus regardé les revues. je me souviens d’une fille qui allait chez le médecin en avance pour lire les magazines, et qui même laissait encore passer les gens avant elle. l’ophtalmologiste a regardé ma vue. elle faisait tourner sa table équipée d’appareils de mesure. des lettres et des distances, des centimètres. des reliefs. les lettres les plus petites qu’il fallait lire. il y avait à lire, en minuscules caractères, un texte de Descartes (« je me trouvais embarrassé de tant de doutes et d’erreurs… »). je devais regarder l’oreille droite de l’ophtalmologiste afin qu’elle regarde au fond de mon œil. elle a sorti un cristal d’un écrin pour regarder derrière le regard. comment est-ce, au fond de l’œil ? y a-t-il des sédiments, des plages, des fuseaux horaires ? peut-être a-t-elle lu toutes mes pensées, ramassées sur un galet, écrites en lettres minuscules. elle a testé les muscles des yeux. elle a sondé la tension de l’œil. trop élevée. à surveiller. elle m’auscultait avec ses gestes précis, calculés, presque économes. et je ne pouvais pas arrêter de penser : « la journée d’une ophtalmo ». et de penser qu’elle répétait et polissait ces gestes tout au long de sa journée. je me demandais à quel pourcentage elle était, à ce moment précis, elle, d’ophtalmologie, et du reste, inconnu. j’étais incapable de déceler, elle enchaînait, elle avait l’air secret que donne parfois la vitesse ou la parfaite régularité, impénétrable. impossible de dire son âge. j’épiais le cabas sous le bureau, à côté du sac à main, en me demandant. si elle avait fait des courses, si elle allait à la piscine ou faire du sport après sa journée de travail. j’ai regardé ses mains, elle n’avait pas d’alliance. j’ai senti l’odeur de la paume de sa main quand elle m’a caché un œil puis l’autre pour un exercice. je me demandais s’il était possible qu’elle me reconnaisse. nous nous voyions une fois par an. elle devait m’avoir oublié, elle m’a retrouvé sur sa fiche bristol. tout était assez clair, elle expliquait bien les choses. elle ne m’a pas proposé de thé ni de biscuits. je n’ai pas vu de boîte en fer-blanc. le dentiste, au moins, vous propose de l’eau, même si ce n’est que pour cracher. regarder le point blanc. la lumière verte. suivre son doigt. à un moment je ne voyais pas les lettres sur le tableau lumineux, il se trouva que c’étaient des chiffres. elle a légèrement revu ma correction de verres. elle faisait tourner sa table octogonale pour me placer devant les appareils auxquels je devais appuyer mon menton et mon front. des appareils de mesure qui me semblaient déjà un peu anciens, de science-fiction dépassée. elle changeait les petites lentilles de verre sur la monture-test, et peu à peu, je voyais mieux, un fin réglage s’opérait entre moi et le monde. pourtant, elle affirmait que cette différence était négligeable. je trouvai cette remarque étrange, presque déplacée, de sa part. en plein cœur de la précision, elle faisait l’éloge d’un flou léger. en me disant ça, sa paupière battait imperceptiblement, clin d’œil qui ne disait pas son nom.