20170126 destin de nocturnes en plein jour


il me fallait recréer la nuit en plein jour. des stratagèmes, de la fatigue et du relâchement ; de la musique. filtrer la lumière par la grâce de ces lourds rideaux, plein des années et de tout ce qui s’y était accumulé. fumées, lumières, idées nombreuses et non réalisées, et toutes ces choses qu’on pense et qu’on ne fait pas. des chimères invisibles peuplent mon appartement en connexion perméable avec mon esprit. je repense à de vieilles images de films désormais privées de son, mélangées les unes aux autres, toutes retournées à la période du muet et qui tournent inlassablement, à ma disposition, selon de nouvelles configurations, dont les sens et les raisons m’échappent.
je rêve aux après-midis, aux films que je voyais en salle à l’époque l’après-midi, salles à peu près vides.. je repense à La Femme au portrait, à Fred Astaire en costume blanc.
les couloirs, les couloirs du cinéma. n’oublie pas les couloirs du cinéma. je repense aux rues, aux carnavals, à l’hiver, à la nuit qui tombait doucement, à la neige. au visage à peine entrevu de cette fille qui sans cesse disparaissait. il s’agit juste de faire une promenade, une longue promenade dans le passé, de faire le tour de mon cœur. le passé a été inventé pour la fiction, pour le roman.


20160703 plus élégamment


je ne sais pas quoi faire ni écrire je me tracasse et tourne-en-rond alors je regarde sur wikipedia la date du jour. j’apprends que c’est la journée du sac en plastique. ce qui me laisse rêveur, c’est parfait, mais non, je regarde à nouveau, non c’est la journée sans sacs plastiques, finie la sérénité passagère. j’aime beaucoup les sacs en plastique, je suis contre leur éradication, j’aime leur esthétique renouvelée, populaire et inaperçue. combien de ces petits faits désespérants chaque jour.
je suis malade alors je regarde la ligne droite de la rue en face. je l’aime à n’importe quelle heure. mais est-ce plutôt la rue ou la vue, je ne sais pas. c’est les incessants camions de la poste bien sûr, et c’est les gens qui vont et viennent. c’est un passage secret, secret c’est-à-dire anodin.
une sorte de grippe de mois de juillet. je ne sors pas. je regarde les nouvelles sur google actualités. c’est une vision moderne de l’enfer à laquelle je n’ai à opposer qu’un yaourt, qu’un flan, enfin un truc de frigo. ma fierté est vibrante mais immobile. comme un brocoli, euh non un colibri.
je vis heureusement avec un pianiste discret qui se parfume à l’iris. qui est aussi moi, et qui ne fait rien aussi, mais plus élégamment.

20160629 ensemaine


à écrire là, au lieu de même pas écrire, au coin, à l’arête.
en pleine semaine, il y a plus de style dans la danse électronique. aimer la semaine pour ses verres à moitié vides, ses nuits assez désertées. on n’y donne pas de rendez-vous. l’inertie est comme un grand moteur centrifuge. tu regardes la boite de nuit déserte, la piste, son sol luisant de trop d’espace entre les trop rares corps. personne ne regarde, personne. tu préfères la sueur chaude, les dialogues qu’on n’entend pas. tu restes chez toi à fantasmer les fins de nuits de siècles, les densités de population dans des caves oubliées mais fameuses. toujours une histoire d’œil qui pétille et de main qui attire. inutile de se disperser ; la musique électronique, c’est la nostalgie.

20160330


Il y a probablement deux ou trois trucs que je peux libérer chaque jour. Sans même regarder ni devant ni derrière, sans forme de regret ou de souffrance. Il y a probablement deux ou trois choses intéressantes, je cherche le mot, pas choses, mais, enfin deux trois données plus ou moins brutes. Une petite structure simple, précise, quadrille, sans fonction que d’être. Sans fonction que d’être (je me répète ça).
Je pense soudain : « un siècle que je n’ai pas fait de lacets » (voilà par exemple une des faces du carré d’infini).
L’avantage d’être aussi peu lu, écouté, de glisser sur les indifférences : la possibilité sans fond de pouvoir tout dire et n’emporte quoi (surtout mais du bon).
Il m’importe de formuler les différents régimes que je porte en moi. Des apparences se saisissent et se dessaisissent.
J’entends, toutes les nuits, la petite fenêtre carrée dans la cage d’escalier, se claquer sur elle-même. Cela a son importance, son poids, dans la désertion programmée, dans ce couloir désert.

20160227


Fuir la vie. Fuir l’ennui. Fuir l’ennui de la vie. Fuir la vie par ennui. Il vaudrait mieux fuir l’ennui par la vie. Comment trouver une prise. Un amusement. Vie sexuelle de manger des yaourts la nuit. Il fait vingt-deux degrés.
Sortir, lire, trouver l’inspiration. Avoir des tas d’idées. Moins on a de souvenirs, plus on s’y perd. Il faut des objets. Tout n’est pas désespéré. Il faut vraiment avoir épuisé tout le dérisoire, pour trouver enfin quelque chose. C’est comme une sorte de long dépouillement, qui dure des heures, qui épuise la journée elle-même. Jusqu’au point de bascule de la journée.
Ou alors, encore, simplement, être très fatigué. Quelque chose se relâche.
Essayer de ne rien faire c’est prendre le risque de quoi. Le risque d’essayer.

« Peut-être que s’ils n’en avaient pas, c’est parce qu’ils préféraient voir, plutôt qu’avoir… »
Lonsdale / Eustache / Une Sale Histoire

20160211


Il n’y a que les nuits qui soient assez vides, creusées et profondes pour égaler ce sentiment de pièces pour clavecin qui contiennent tout (livres, film, pictural, univers). Je ne suis pas obligé de faire des choses, de rebondir partout, je peux rester immobile, trou noir d’un vaste désir et reparcourir le temps en sens inverse. Des choses remontent comme un courant d’air large au visage, perméabilité de l’immobilité.

20160209


04H25 dans le silence le plus complet. « Refus d’étagères », me dis-je, confusément en m’éveillant. J’aime bien ces formules obscures qui prennent naissance dans le sommeil et qu’on cueille au réveil ; peu importe. Un peu de somnolence pour un peu de réveil. La pluie m’est témoin. Je me souviens tout à coup de ces règles larges en plastique orange, très souples, qui contenaient en creux toutes les lettres de l’alphabet qu’on pouvait ainsi tracer en en suivant les contours au stylo. Une sorte de règle pochoir. Je cherche le mot qui désignait ce plastique, ce genre de plastique, synthétique, cristalline, je vois très bien ces règles larges, pas très pratiques à utiliser, fastidieuses, acrylique, je pense à acrylique, des règles en acrylique. Est-ce que cet outil existe encore, en vend-on encore, translucide acrylique. Qu’il fallait tenir fermement sur le papier, et tracer une lettre après l’autre. Traces du rêve au moi acrylique, voilà.