20170320 aletheia


juste écrire « litanie ». en faire un mot vide. les mots sont trop plein, plein d’un sens dont nous ne savons pas que nous n’en voulons pas. je veux chaque jour un mot de quatre lettres vide sur un mur vide. je commence la journée avec un oubli, l’oubli de ce que je voulais noter, il y a quelques minutes à peine. je pense que ça me reviendra, peut-être ; car nous sommes lundi. se dire le lundi « nous sommes déjà lundi », c’est un problème. mais dans quel cerveau vis-je. vis-je quoi d’ailleurs. je veux dérégler le temps dans mes phrases. je n’y aurais pas mis de moteur.

aux et demie des heures. le nombre de choses qui peuvent venir à l’esprit lorsqu’on se tient simplement quelques minutes devant la fenêtre ouverte, et de la musique en oxydation. les corpulences des gens qui marchent dans la rue. il y a du vent que je sens entrer à l’intérieur.
un enfant en face fait bouger les rideaux. il apparaît, suivi de près par sa mère. en face de moi pour des années, et si étrangers. entourés de vitres et à jamais.

20170123 le début de toute lassitude


le début de toute lassitude. quelque chose m’échappe. quelque chose t’étreint. j’ai les mains sèches, pendant que la tour E est avalée par le nuage de pollution. on ne voit plus rien par la fenêtre que mon reflet en oiseau de paradis, et quelques scintillements. mon sachet de thé ressemble à un petit paquet de viande métaphysique emballée. le début de toute lassitude. nous sommes lundi le vingt-trois janvier deux-mille dix-sept. personne n’assiste à rien ni à personne en danger. je traque les mots, je trafique les mots, les meubles, sans rien sauver,
le cœur automatique.

20160301


Pour certains, les mots sont des objets qu’ils manient en les admirant, comme ils le font des fleurs, des oiseaux, de la nature. Je vois plutôt ça comme des objets bien plus terre à terre, brisés ou hors d’usage ; un flipper qui ne marche plus, qu’est-ce qu’on en fait ; on le jette, ou on le garde car on l’aime bien quand même il sert à rien ; des machines dont on ne sait plus exactement la fonction, des bouts de métal sans plus d’utilité et dont la beauté viendrait de mon désarroi à leur égard, et qu’on frappe les uns contre les autres en espérant une étincelle.

20151211


Je me plains de l’éternelle répétition des mots, et ça renouvelle les mots.

20151210 assaut liquide


Aujourd’hui je suis à moi tout seul un réseau asocial. Ce ne sont que des morsures, des brisures de mots, d’écumes, de choses qu’on n’a pas envie de lire ou d’écrire. Échouer sur la pierre. Besoin de retrouver une sorte de cercle vide dans lequel je n’y suis pour personne. Comme d’arrêter d’un geste de la main cinq, ou cinq cents milliards de je-sais-pas-quoi.
Pas de photos, pas de phrases publiques. Les cheveux veulent me rentrer dans la bouche. Je ne dis rien. Phase pudique. N’essayez surtout pas de me refiler vos rêves, vos récits de rêves, vos plaintes. À la fin de la nuit, seule une photo qui arrive depuis l’autre côté de la terre me ravive l’existence.

dimanche cher vieux vampire


des sons de draps, de mousse, des frottements. de calmes ébats de rue. je ne vois rien, le rideau est fermé. ça se passe derrière la fenêtre. de lents écoulements d’eau. un monde en train de se transformer, de se diluer. dimanche cher vieux vampire. des rubans de lumière dessinés par les phares s’écoulent en presque silence. je me suis toujours demandé où les voitures, le dimanche soir. dont seules mes rêveries indolentes, ininterrompues, parviennent à recréer des parcelles de réalité ; c’est à dire à tracer le plan d’un territoire incompris. des téléphones qui ne sonnent plus, des grandes orgues, qui se taisent, probablement obstruées par un peu de muscle, de viande, dans les tuyaux. chaque heure qui vient semble retarder le jour, attiser le jouir. il me faut cligner plus souvent car la vue se brouille, se divise. d’autres antennes se passent le relais. j’absorbe toutes ces sortes de signaux, et je saurai alors te reproduire, d’autres soirs.
j’aime murmurer faiblement un mot inconnu, j’aime sur le mur le défilé d’autres yeux, et l’euphorie de trois heures du matin.