20160209


04H25 dans le silence le plus complet. « Refus d’étagères », me dis-je, confusément en m’éveillant. J’aime bien ces formules obscures qui prennent naissance dans le sommeil et qu’on cueille au réveil ; peu importe. Un peu de somnolence pour un peu de réveil. La pluie m’est témoin. Je me souviens tout à coup de ces règles larges en plastique orange, très souples, qui contenaient en creux toutes les lettres de l’alphabet qu’on pouvait ainsi tracer en en suivant les contours au stylo. Une sorte de règle pochoir. Je cherche le mot qui désignait ce plastique, ce genre de plastique, synthétique, cristalline, je vois très bien ces règles larges, pas très pratiques à utiliser, fastidieuses, acrylique, je pense à acrylique, des règles en acrylique. Est-ce que cet outil existe encore, en vend-on encore, translucide acrylique. Qu’il fallait tenir fermement sur le papier, et tracer une lettre après l’autre. Traces du rêve au moi acrylique, voilà.

20160207


Qu’allais-je dire, écrire. Souvent dans ce genre de questions, les choses s’effilochent, sont par trop volatiles. C’est peut-être la définition, une définition de l’écriture : ces pensées qui viennent trop tard, qui viennent de m’échapper. Quelque chose d’impossible au fond d’un verre sans fond. Je dois bien avouer que la plupart du temps, je suis dans le plus profond désarroi : je sais que je veux écrire quelque chose, mais je ne sais pas quoi, ça ne vient pas au bon moment, ni même au mauvais.
Il faut que je dise non à (presque) tout le monde (presque tout le temps) sans cela je ne m’en sors pas. La nuit dernière alors que je ne dormais pas, (…) (voilà, j’ai oublié d’écrire la suite…)
Les rideaux fermés. Si bien que je ne sais plus du tout l’heure. Je rejoue moi-même tous les rôles de la nuit. Il y a des impacts invisibles sur la vitre. Des messages que je néglige. À la faveur…
J’ai souvent besoin de ne plus entendre parler du monde. C’est trop paralysant, de diverses manières. Qu’on me demande simplement où se trouve telle rue, ou bien le titre d’un film à voir absolument.
Je me souviens quand, enfant, je rêvais de Paris, les yeux ouverts. Mille signes, auxquels mon attention hypersensible s’attachait, me portaient vers cette rêverie. Des phrases innombrables, dans des livres ; des images qui semblaient ne jamais se tarir. Des impressions plus vagues, que je pourrais résumer en un mélange : la ville de nuit, avec ses obscurités, son silence, son mystère, et les lumières des boulevards, les néons, les agitations multiples. Mille raisons incompréhensibles qui animent les corps se frôlant. C’est probablement cette sensation, précisément, qui est la plus forte. C’était le masque détaché d’un violent désir. Une beauté d’ancienne vitrine.

20160116


J’ai beau le retourner comme un gant j’ai le cœur vide, on dirait le porte-monnaie d’un sans le sou, cuir rouge percé qui fuit sans cesse.
J’ai toujours rêvé sur ce titre, « Vita nova ». Un titre parfait, d’un livre parfait toujours à imaginer.
L’après-midi est une brèche fantastique où tout est encore, et encore, possible, suspendu.

les détectives privés de dessert


Le jour, ma tête est une cage à oiseau dont la porte est laissée ouverte (où est l’oiseau ?). Je me sens aussi volubile, fait rare, qu’usagé. J’ai des coups de fil à passer. L’air des coups de fil au passé. Je parle facilement, dans le noir, à deux personnes qui cherchent leur chemin, se sont trompées ; tout à coup dans le noir, je sais des choses, je suis comme un voyant. Il est un peu trop question, sur la frange silencieuse, de numéros de téléphone qu’on n’échangera pas. Il y a une installation faite de vent, et sur les murs, des poèmes pornos en 5 mots.
La nuit et le thé. Noter un peu n’importe quoi, pour en voir l’ombre. Ou une peau tomber. Les post-it sont d’un jaune trop pâle, avec ces adresses, ces codes.. Et ta folie de courtisane qui ne vient pas, sa peau d’échappement. Tranchant et doux le saxophone ; bien que pacifique un assaut. J’attends un peu cette somnolence qui dégivre. Je pense aux détectives privés. Privés de desserts. Le soir j’ai laissé éteinte la petite lampe de chevet que j’allume d’habitude quand je travaille, derrière moi. Qu’est-ce que ça change, ça change. L’assombrissement au travail. À trois heures du matin, un type en veste épaisse et casquette à oreilles rembourrées joue au foot dans la rue avec un balle toute blanche. Tiens, on a oublié la neige, et son cortège de murmures entrefermés. Pour tuer le temps l’arme est d’inventer.

vous a cru


Que faire, trop de trucs en cours, trop de pièces ouvertes, de pièces jointes. Trop de notes, de brouillons. Prolifération des friches. Qui m’accompagnera là-dedans ? Drôle de question, c’est un peu pathétique. Mais l’instant d’après, ce n’est pas grave. L’instant d’après, c’est même bien. T’inventes une pente à remonter. C’est une tragédie de boulevard dans ma tête. Des événements font dérailler le quotidien, comme par exemple le beau verbe d’épauler. Il y a ces êtres qui transfigurent le banal en se griffonnant le visage. Tous les jours ici et là, du rosâtre se mêle au pâle. Pour donner une idée de la vie. Le seul être authentique, c’est l’être un peu plus nul. Être ou ne pas être un peu plus nul. À partir de là, plus le choix, il ne faut plus reculer.
Tout à l’heure, dans la rue… Pas besoin de compléter, c’est une phrase qui suffit comme phrase. La phrase se suffit. Il faut moins d’intermédiaires, et plus de vent. Dix minutes de paroles floues mais disponibles. À disposition dans la boîte à gants. « J’ai gardé le même numéro » (je réponds à quelqu’un qui me demande). La déconcentration, les mots de passe, tout ça. Baie béante dans laquelle je baille. Quand plusieurs phrases viennent en même temps, vous choisissez laquelle ? Avez-vous déjà osé parler de vous ? Est-ce qu’on vous a cru ?

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20151212 « discrète, mais remarquable »


En avançant dans une après-midi déjà déclinante, en marchant dans ces deux rues, dans cette lumière de retour, je sombre très lentement, je me fonds plutôt, dans une sorte de nostalgie un peu précaire, plus forte que les mots. Je ne sais pas ce que c’est, une sorte d’enveloppement de la lumière, un filtre particulier, qui concerne les plus silencieuses artères des vies. Je me retrouve transporté par d’infimes stimulations. Une vitrine éclairée, le mobilier à l’intérieur derrière la vitrine, avec sa couleur de vieux bois mat et mielleux, me téléporte vers des décors, des scènes, pourtant si peu significatives, à peine entraperçues ; mais qui se sont imprimées, tout à mon insu, dans mon répertoire. Comme si les yeux se posaient enfin, vingt ans plus tard, sur telle chose déjà (à peine) croisée ; la révélant enfin. Mais des choses anodines, dénuées d’histoires ou de visages, de personnes. Des matériaux. Mais les matériaux c’est mystérieux. Des matériaux et leurs immatériaux correspondants. Des sortes de transports, en somme ; des machins à remonter le temps. Je retrouve l’odeur de la javel qui sèche, des carottes qui finissent de cuire, une ceinture de cuir qu’on desserre. Quelque chose d’inoxydable mais bref, une pulvérisation.
C’est aussi cette sensation brutale du jour qui s’évanouit, qui vous abandonne, qui se retire à jamais de vous. Une peau tombe et dessous qu’y aura-t-il ; encore moi ? J’ai rendez-vous, je suis en retard, je ne sais pas comment y aller, comment faire, ce qui va se passer. Quoi dire. Je cherche déjà à fuir de mes propres réponses alors qu’on ne m’a encore posé aucune question.
Plus je marche vite, plus le sang bat, plus mon visage s’agite ou se transforme. J’aperçois une femme immobile dans sa boutique de tentures vermillon, qui fixe les passants. De quand date son dernier mouvement. Son dernier mouvement de tête date peut-être d’il y a vingt ans. Elle bouge à ma vue. Ce qui compte, c’est qu’elle s’éloigne et qu’elle s’approche. Qu’elle m’adresse de brefs coups de regards qui me transpercent. En dépit du monde, des codes, de toutes ces choses non dites, nous sommes ensemble mais chacun de notre côté sous l’aile de cette incertitude encore de ce qui pour chacun se passera, dans une éclat de connivence floue.

20151211


Je me plains de l’éternelle répétition des mots, et ça renouvelle les mots.