de mes mensonges et de deux cigarettes


tout à coup, il n’y a plus d’heure classique. j’ai passé toute la journée à m’éviter. à la table ronde d’une terrasse ; devant les cadres des tableaux à la beauté trop grande, dévorante, ogre à faire de l’ombre ; oublié bienheureux parmi la foule bruyante d’une brasserie. j’ai fini par rentrer entre deux colonnes de nuées. j’avais bien le sentiment d’une colère, d’une sorte de gâchis, d’une tourmente mi-figue qui me liait les mains, ou me cousait les lèvres ; dîné simplement de mes mensonges et de deux cigarettes ; et puis dans un jet de secondes, au moment où il est déjà trop tard et qu’il n’est plus possible de fuir en autre chose car, et bien, tout le monde est parti, la scène est déserte, il n’y a plus rien à regarder que moi-même, à qui je fais face, reflété sur le poli de tout ce métal qui m’entoure, il n’est plus possible de trouver la porte, l’angle de sortie. alors, semble me dire mon regard croisé ça et là, « alors, tu vas la dire, ta chose.. ? »

20160330


Il y a probablement deux ou trois trucs que je peux libérer chaque jour. Sans même regarder ni devant ni derrière, sans forme de regret ou de souffrance. Il y a probablement deux ou trois choses intéressantes, je cherche le mot, pas choses, mais, enfin deux trois données plus ou moins brutes. Une petite structure simple, précise, quadrille, sans fonction que d’être. Sans fonction que d’être (je me répète ça).
Je pense soudain : « un siècle que je n’ai pas fait de lacets » (voilà par exemple une des faces du carré d’infini).
L’avantage d’être aussi peu lu, écouté, de glisser sur les indifférences : la possibilité sans fond de pouvoir tout dire et n’emporte quoi (surtout mais du bon).
Il m’importe de formuler les différents régimes que je porte en moi. Des apparences se saisissent et se dessaisissent.
J’entends, toutes les nuits, la petite fenêtre carrée dans la cage d’escalier, se claquer sur elle-même. Cela a son importance, son poids, dans la désertion programmée, dans ce couloir désert.

20160327


et pourquoi ce soir tout à coup je pense à venise mais non pas à venise, mais à la marche dans la ville hésitation, aux après-midi dans la pierre, les cigarettes tirées de ces paquets souples et rouge vif, ma veste jaune, les vêtements toujours très serrés sur le corps de ma compagne, son attitude toujours en tout parfaitement démodée, la découverte de jardins discrets aux chats faméliques et heureux au point d’en être ivres ; nous ne cherchions rien, n’avions aucun but que de regarder et nous regarder, alternativement, d’aller à peine plus loin ; sans préoccupations majeures qu’occuper au mieux chaque minute et son gouffre, chaque minute que dès lors nous voyions hésiter à trépasser, à disparaître, s’inscrivant dans une mue

20160315


Aimer mal est la meilleure façon d’aimer, car il n’y en a pas d’autres. Il n’y a que cette cicatrice qui permette de sentir la chair vivante telle qu’en elle-même elle vient et se retire presque simultanément. Et tu me disais depuis combien de temps tu n’as pas touché l’épaule immense d’une nue hésitante.

20160301


Pour certains, les mots sont des objets qu’ils manient en les admirant, comme ils le font des fleurs, des oiseaux, de la nature. Je vois plutôt ça comme des objets bien plus terre à terre, brisés ou hors d’usage ; un flipper qui ne marche plus, qu’est-ce qu’on en fait ; on le jette, ou on le garde car on l’aime bien quand même il sert à rien ; des machines dont on ne sait plus exactement la fonction, des bouts de métal sans plus d’utilité et dont la beauté viendrait de mon désarroi à leur égard, et qu’on frappe les uns contre les autres en espérant une étincelle.

20160227


Fuir la vie. Fuir l’ennui. Fuir l’ennui de la vie. Fuir la vie par ennui. Il vaudrait mieux fuir l’ennui par la vie. Comment trouver une prise. Un amusement. Vie sexuelle de manger des yaourts la nuit. Il fait vingt-deux degrés.
Sortir, lire, trouver l’inspiration. Avoir des tas d’idées. Moins on a de souvenirs, plus on s’y perd. Il faut des objets. Tout n’est pas désespéré. Il faut vraiment avoir épuisé tout le dérisoire, pour trouver enfin quelque chose. C’est comme une sorte de long dépouillement, qui dure des heures, qui épuise la journée elle-même. Jusqu’au point de bascule de la journée.
Ou alors, encore, simplement, être très fatigué. Quelque chose se relâche.
Essayer de ne rien faire c’est prendre le risque de quoi. Le risque d’essayer.

« Peut-être que s’ils n’en avaient pas, c’est parce qu’ils préféraient voir, plutôt qu’avoir… »
Lonsdale / Eustache / Une Sale Histoire

20160225


Aucune pensée enroulée suffisamment sur elle-même digne d’exister, de rivaliser avec le jour. Ouvrir une boîte de conserve de blanc et se la renverser sur la figure.

Je t’ai appelée ce soir. Je te rappellerai demain. Tu ne m’as pas répondu. Tu ne m’as jamais répondu. M’as-tu regardé ? Tu ne m’as jamais regardé. Non plus. Je t’ai appelée dans la rue, à travers le flot des voitures. Qui couvrait mes larmes, ma voix bien trop faible. Mes fausses peines. L’emballage de l’existence, l’ . J’avais le cœur dur et blindé. Avant de te connaître c’est-à-dire simplement de te voir, de t’ouvrir mon visage. Aux mille effrois du sans-titre. J’ai soudain peur des phrases qui mènent à la surprise, et c’est leur lot pourtant. Je voudrais savoir quoi prononcer à trente exemplaires signés et numérotés. J’écris n’importe quoi pour rester éveillé, pour ne pas disparaître.