Flashes

Nous sommes dans le noir, depuis plusieurs heures. La lumière s’est éteinte, je ne sais pas pourquoi. Je n’ai pas entendu d’ampoules claquer, ni de plomb sauter.
Mais le noir s’est allumé devant nous, comme un champ de pensées.
Nous sommes restés assis, comme si de rien n’était. Mais nous sommes en général toujours comme si de rien n’était, à croire qu’effectivement, rien n’est. À part nous, affamés, tristes, repus, selon ; mais toujours un peu ne valant rien. On attend la mue ou quelque chose comme ça, à force de peau.
Nous sommes patients et n’avons pas besoin de grand chose. Une forme de complicité un peu fatiguée et duelle nous rassemble. Nous sommes mutuellement la forme que nous façonnons, les mains autour du corps de l’autre tournant à vitesse régulière. Sculptures humides et monochromes. Déjà très anciennes, peu dupes.
Non pas que nous ne ressentions rien, mais plutôt faisant comme si. Aux yeux des autres. Entre nous, c’est différent. On n’a pas besoin de faire croire. Pourtant on ne s’est pas avoués si c’est parce qu’on ne croyait qu’en nous, on bien parce qu’on n’y croyait pas du tout.
Peu importe, tant qu’on reste au même niveau.
Nous. On. Comme les deux verres qui se vident.
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