20160210


Je me fais une purée d’heures (ça prend toute la journée aux bas mots), et quand j’ai sommeil, ça devient intéressant, je me dis « haut les mains », je me fais peur, je me glisse dans les doigts du rêve. C’est-à-dire que ça peut enfin commencer, quoi, et bien le rôle de l’écrivain-détective. Je tape mon petit rapport, laborieusement, avec le bruit softé qui va avec, sans aucune modestie, car c’est un sauvetage.
Puis jeu idiot, je tape des lettres au hasard sur le clavier. En fait c’est très difficile. Mes doigts frappent sans cesse les mêmes lettres. Il y a sans doute un oracle, quelque cause à déchiffrer ; comme si le hasard, ça se méritait, qu’il ne voulait pas se plier à des caprices ; que le hasard était plus difficile à atteindre. On pourrait peut-être écrire comme ça, taper des lettres au hasard, collecter les mots qui tant bien que mal, sortiraient de cette loterie de la frappe. Les assembler, patiemment, sans pensée, sans réfléchir, en composant simplement les associations.
Ça manque probablement de cheval ou de moteur, d’un truc sur lequel monter pour aller vite.

les détectives privés de dessert


Le jour, ma tête est une cage à oiseau dont la porte est laissée ouverte (où est l’oiseau ?). Je me sens aussi volubile, fait rare, qu’usagé. J’ai des coups de fil à passer. L’air des coups de fil au passé. Je parle facilement, dans le noir, à deux personnes qui cherchent leur chemin, se sont trompées ; tout à coup dans le noir, je sais des choses, je suis comme un voyant. Il est un peu trop question, sur la frange silencieuse, de numéros de téléphone qu’on n’échangera pas. Il y a une installation faite de vent, et sur les murs, des poèmes pornos en 5 mots.
La nuit et le thé. Noter un peu n’importe quoi, pour en voir l’ombre. Ou une peau tomber. Les post-it sont d’un jaune trop pâle, avec ces adresses, ces codes.. Et ta folie de courtisane qui ne vient pas, sa peau d’échappement. Tranchant et doux le saxophone ; bien que pacifique un assaut. J’attends un peu cette somnolence qui dégivre. Je pense aux détectives privés. Privés de desserts. Le soir j’ai laissé éteinte la petite lampe de chevet que j’allume d’habitude quand je travaille, derrière moi. Qu’est-ce que ça change, ça change. L’assombrissement au travail. À trois heures du matin, un type en veste épaisse et casquette à oreilles rembourrées joue au foot dans la rue avec un balle toute blanche. Tiens, on a oublié la neige, et son cortège de murmures entrefermés. Pour tuer le temps l’arme est d’inventer.