20170211 Carl Andre


Dans je ne sais quel palais.
J’avance sur les dalles d’acier et je me dis que je ne connais peu de plus belles sensations que de marcher sur une œuvre de Carl Andre. Tout est différent, et pourtant je ne fais que marcher. Les dalles oscillent légèrement, et toutes distinctement, chacune à leur manière. Elles sont en variation de couleurs et d’épaisseur. Le bruit discret qui est produit à chaque pas me traverse le thorax, j’en suis à moitié l’émetteur et le récepteur. Frissons et férocité, que je suis seul à percevoir. J’en suis prisonnier, prison d’air libre et de matières, de métal. L’œuvre me soulève c’est une sorte de marée intense et basse, un écartement léger du monde, nous nous supportons vivre mutuellement. Je respire en mieux sur des carrés de désir et de déséquilibres. E. est d’accord avec moi, elle ne dit rien, elle marche. Je pourrais y rester très longtemps, le temps qu’il faut pour enfin arriver nulle part.
Et les sculptures de papier. Ne pas en parler. Je préfère les garder en joue, en moi, à distance de toute parole. C’est une claustration du langage, elle est salvatrice. L’œil lit ou plutôt se promène. Nul besoin de choisir ou d’ordonner.