20161006 la cheville


il fait froid, c’est seulemement quelques degrés de moins mais mon corps pourtant semble en détresse, incapable de se réchauffer, je regarde le thermomètre, non il ne fait pas si froid, et pourtant. même chez moi je grelotte invisiblement. plus tard dans le bus, car je suis sorti, non je me suis extrait de chez moi avec toutes les plus grandes difficultés, dans le bus au hasard d’un coup de frein, me retenant aux sièges pour ne pas tomber, je me bloque la cheville. je rentre chez moi en emportant cette douleur dont je ne sais pas encore quoi faire. maintenant, devant mon écran, devant mon thé, j’ai toujours aussi froid. j’ai déplacé le radiateur électrique près de mon côté. je sens l’infime chaleur suscitée par la douleur, dans ma cheville gauche. j’ai la sensation que c’est la partie de mon corps qui est la plus vivante. elle se manifeste, elle varie, elle semble dire quelque chose, sans avoir besoin de mots, sans avoir même besoin d’être écoutée. moi je n’ai aucune volonté, aucune velleité, je n’ai pas spécialement besoin d’être, de faire, ceci ou cela, pour une fois. c’est suffisamment rare pour me surprendre. je suis dans ma cheville et dans mon froid, je leur accorde de l’attention. les saisons parlent, dehors, il y a des mouvements de vents qui recouvrent les voix qui se disputent la circulation de la ville. quarante minutes de musique sans titre me passent entre les oreilles. contre la manie toujours poursuivie de nommer, de comprendre, d’assembler, se dressent ainsi les douleurs, les sons, les humeurs inclasséees qui viennent pour une soirée, ou un peu plus, hanter les parties oubliées de mon corps, l’inattention dont j’oubliais être encore capable.

20160723


retourner bien vite au vrai travail. c’est-à-dire arracher méticuleusement les pétales de la fleur. ok tu as raté des jours, tu as simplement survécu au banal, au tragique de l’éloignement, à la violence qui fait les yeux doux. chaque réveil de cette quinzaine fut une dispense d’aimer, une excuse à ne pas être soi. mais dans la machine de mon corps, dans l’invisible monocorde en parallèle de l’enfouissement du soi, une sorte d’indocilité se nourrissait de mes propres failles et grandissait, pas encore fière mais humide de promesses, de gifles à gants blancs sur mes renoncements.
cette sorte de sève coulait en mes bras, visible à travers mes veines translucides. je demeurais ignoré de tous, c’était une raison de désespoir et une armure de nuits des temps, une condition nécessaire et vitale.
je voulais me déposséder des faims ordinaires. j’étais chez moi comprimé par les heures, véritable tyrannie que j’observais tout en me l’infligeant.
m’ennuyant terriblement, avec une intensité encore jamais atteinte, m’ennuyant de quelque chose que j’ignore, et qui me met hors de moi.