littérarement


littérairement, tu n’existes pas. tu es comme ce sachet de thé, tu infuses, tu infuses, tu infuses trop, tu deviens amer, tu ne donnes rien. si tu veux mon avis, ou même si tu ne le vaux pas. tu vas finir par t’en vouloir. quelle idée de s’aveugler comme ça. j’écris court, bref, je ne finis pas, parce que je me lasse de moi-même. mes épiphanies ont des manches trop courtes on voit la transparence de la peau trop blanche. tu te lasses de toi avant même d’avoir fini ta propre phrase. non franchement. va dehors, prends un café. et réfléchis deux minutes. puis prends un verre, joue une grille, discute avec le type au comptoir. il a assez de vie pour deux. mes amis n’en sont pas. ils ne pensent qu’à eux, j’ai cessé de les rappeler, de me complaire. je n’ai plus la force de leur tendre un miroir. oh je n’en fais pas un drame, de tout ça, hein. en un sens, c’est même plutôt joyeux et cru comme une vérité nue sous tes yeux aux fesses bien roses, et qui te regarde. juste avant le sourire. c’est revigorant. j’aime me sentir nu devant l’épreuve. j’ai peur de plein de choses, mais pas de l’ennui, ni de la honte, ni du désarroi. je crois.. en la musique. j’évite de me faire des idées. j’écris encore quelques lignes, presque chaque jour, mais sans intention de créer quoi que ce soit, sans rien derrière la tête. le temps me passe dessus, sans ménagement. je le sens dans ma poitrine. « Sublime comme tout le monde », j’ai lu cette expression et elle m’a attristé. je n’ai pas envie de savoir pourquoi. elle brise tout espoir d’un seul mouvement. je vous laisse, les analyses. je me saisis d’un mouchoir en papier pour y dissimuler des larmes de collection. quel est mon prix ? la rareté. je ne l’aurai pas volé. il me reste ça collé sur les doigts. surtout pas de sublime, ni de comme tout le monde. je passe d’un bazar à l’autre. je ne sais même pas à qui adresser cette lettre. alors à tu, à moi. absence de muscles, trop plein de nerfs. pourtant j’aimerais, à pleine dents. mordre. une belle cuisse gentiment. ah, tant qu’il reste des couleurs à regarder sur des visages et des surfaces, je ne suis pas totalement malheureux. je peux jouir de la progression des heures car le monde change et moi je peux rester à le regarder bouger. surtout, pas d’arbres, ni de « ciels », c’est insupportable, ces grandes orgues me font vomir. je veux juste marcher sur le trottoir, et décrire le trottoir. c’est mon territoire, je vous laisse tout le reste. je n’ai pas de réserves, peu de carburant, je n’irai pas très loin. mais, quoiqu’il en soit, si tu veux me suivre, avec joie.

rengaine


rapprendre à écrire. ça doit être par là. ce que j’aime : faire trente-six choses à la fois. elles se contaminent, se parlent, mes pores s’ouvrent. je fais des gestes rapides qui distraient un peu l’inertie.
l’obsession du jour après jour. le pire en attendant. j’efface la phrase qui était à précisément cet endroit. où il y a maintenant celle-ci, qui ne sert à rien. rétrécissement du sens – salvateur. écrire étant parfois joindre parfois disjoindre. j’ai peur de bouger le bras. d’avoir mal. j’écris comme me cognant dans le noir. il faut faire attention à la porte du placard. les sucreries sont là haut quel cauchemar. j’ai rêvé d’un château. j’ai rêvé que je m’installais à Vienne (un autre jour). je n’ai plus envie de rentrer chez moi. mais j’y suis déjà. il me faudrait un sac avec tout dedans. organiser. j’aime bien organiser certaines choses. si la vie n’était qu’un déguisement on ne me reconnaîtrait jamais. j’avance d’un pas mais j’ai mis le pied sur la bordure. on me regarde donc bizarrement c’est à dire en m’ignorant. il ne me reste plus qu’à hanter le château. 

je déteste quand ces phrases. de honte me ressemblant. ça rée une confusion. entre la tête et les mots. on m’a parlé d’un enfant qui dit « Je te préviens, je ne lirai pas ». parfois, tu te sens pas un peu comme en poudre ? régulièrement une voix dans ma tête : « ça doit être par-là. » j’ai envie d’écrire tout en majuscules l’envie me prend. pour signaler la vie et qu’on m’aime à la griffe. et je me demande ce que deviennent tel et tel pseudos pourtant abandonnés. « espérons qu’ils aillent bien ». j’aime ces petites phrases banales de rien qui entrent dans ma bouche en contrebande. en écrivant j’entends dans une autre pièce une chaise bouger, c’est-à-dire une langue inconnue. comme, disons, Scarlett et ses horribles grimaces. je ne veux pas d’esprit ni l’air intelligent. car je reprouve. écrire au carré de x. écrire est le sexe incarné. s’excuser (de quoi) auprès de ses lecteurs (ses quoi ?). vous lisez debout ou assis couché ? cela fait une différence dans le sang. je ne fais que remplacer le prière. la face cachée des larmes.

j’écris ces mots pour là l’enfant qui veut pas lire. et puisqu’il ne veut pas lire, tout cela n’a aucune importance.

sur la table une partie de solitaire jamais finie. le souvenir des catalogues la redoute. excité par les mots comme parure de lit. écrire c’est la tentation de jeter. écrire, aux orties. il faut que je le note. la note, la note. je sens cette rage, ce mécontentement s’exprimer pleinement, comme une médiocrité qui trouverait sa pleine expression. ça me mord, ça me va. ça valait le coup de traverser la nuit.

infline


Je mets aujourd’hui une partie de ce que j’écris offline online, comme ça, pour me manifester de manière infime, quelque part, dans un quelconque recueil obscur de données statistiques de l’internet primitif.

Perdre le message qu’on est en train d’écrire (matin), et l’espèce de découragement qui en découle. De quelques techniques pour le reconstituer, dont, parcellairement, la mémoire.

Musique. mails. cocher et écrire, même n’importe quoi (après-midi). On en est où dans la saison. Forme classique de l’interview. sms. jour. nuit. musique. manque de temps. se préparer. etc.


Il existe donc des couvertures lestées pour pallier à l’absence d’un autre qui serait sur ou contre toi ou que tu tiendrais dans tes bras — mais qui n’est pas là, ou qui n’existe pas (combien ça coûte).

Violente disputation (dispute ça colle pas car c’est par écrit donc je prends celui-ci) par écrans interposés. Comme quand on met une longue-vue dans le mauvais sens, chacun d’un côté opposé. Sensation d’éloignement inéluctable. Et si l’autre avait raison et moi tort, et si on m’avait menti, et si je ne savais plus rien. Ça ne change pas grand chose à la longue-vue. J’aime pas trop écrire cela mais c’est comme un marqueur. Importance des marqueurs, il faut que j’en prenne note, que je les marque.

Écrire (soir). J’attends, par un curieux raisonnement (non, ce n’est pas pensé, disons « par une intuition déformante »), qu’à un moment viendront, enfin, sous mes doigts, quinze lignes miraculeuses. Donc il me faut attendre, avant d’écrire. De quoi ça vient ? (« De quoi ? Ça vient !?! ») Il faut repousser le plus possible la possibilité (le plus possible la possibilité). Cela m’évoque mille interprétations passionnantes.

« Narration, roman », me suggère E. En faisant la vaisselle je pense que, après tout, ça devrait être facile d’écrire un petit très bon livre. L’ennui c’est que je suis en train de faire la vaisselle (précisément…).

Parfois le rideau est fermé et je peux quand même percevoir ce qu’il en est du dehors physique (nuit). Une pensée me vient, une intuition qui a presque les moyens de sa propre certitude : je crois que ça fait longtemps que personne n’a prononcé mon vrai prénom, mais combien, plusieurs semaines, mois ? Je me demande où ça situe dans l’espace justesse / exagération.

« J’ai froid » fait partie de ces phrases qui peuvent correspondre à beaucoup de situations.

hélice


ÉCRIRE c’est la peur de la liberté. Cette phrase a (au moins) deux sens, presque opposés. Si bien opposés que je n’arrive maintenant plus à comprendre, à entrer dedans, dans la signification. Trop parfaitement joints. J’en ai perçu la limpidité le seul temps de la formulation, ensuite de quoi je me suis cassé la gueule dessus. Tant mieux si le sens est tombé. Je préfère les phrases devenues impénétrables. Je les ai écrites, elles sont issues de mon intimité la plus mystérieuse, et elles m’échappent néanmoins complètement. J’écris n’importe quoi ça soulage le cœur. Emporte-les bien loin les mauvaises ardeurs. Certains soirs je refuse de me coucher, je n’en ai pas du tout envie. Je préfère attendre qu’une phrase vienne se cristalliser à ce point précis de mon crâne en extase renversé. J’ai fatigué sur toute la journée ma pensée, consciente, structurée, réflexive, idiote ou obsédante, et je me retrouve désormais avec les restes, les hélices, des rubans déchirés qui volent sous le vent de la nuit.

Le thé quand je le bois 
est désespérément froid.

trop vague espoir


trop seul, le mec, vraiment trop seul. il ne va pas dormir. il ne fait rien la nuit que regarder, trop penser avec le ventre. broyeuse d’inquiétude. le regard dans le terrain vague. quelqu’un, très loin, ne pense pas à lui. il n’a pas envie de dormir, il s’est forcé à manger. il a les yeux humides, il fume trop. écoute des musiques bien noires. on se fait un café ? il est trop tard ? on s’en fout ? qui ça dérange. c’est l’hiver. trop vague espoir. reporté sur la collection printemps-été. mais c’est loin. il y a encore des semaines de vertige à traverser. idéologiquement nu. aucune force de caractère. perdu sur le plateau. il ne s’est même pas habillé. il a regardé la télé. l’objet, le poste allumé. il l’a regardé, il n’a plus aucune idée de ce qu’il a regardé. il n’a rien vu. il ne fait que voler des images dans le cerveau d’une autre personne qui dort à des années ou à des kilomètres de lui. son seul échappatoire : les titres anglais des chansons qu’il écoute. juste les titres. pas capable de plus. plus d’amis. personne à qui parler. il pleure dans son café, qui ça dérange. vouloir et incapable d’être ailleurs. échange non-standard. tu verrais sa tête, sa grimace.

à Cr.


certains jours les réserves de nostalgie semblent inépuisables. il faudrait… aller quelque part. être ailleurs, vivre autre chose. ou tout simplement, vivre. étrange cette nostalgie de la vie comme si j’avais connu… quelque chose de fort. et non pas seulement tourner, tourner au coin, et revenir. récemment, cette ville triste, pourtant. qui ouvrait ses yeux.  et pourtant tout ceci qui s’écroule, un édifice. ce n’était donc pas vrai ? il n’y a rien, derrière les façades ? impossible de dire, de deviner le château de cartes des pensées de l’autre. intérêt de façade. les journées étaient longues, je traînais dans la rues. souvent, déjà, les mêmes. peu d’heures de jour. l’hostilité silencieuse de ses habitants. les passants tous comme des abimes marchants, rentrant chez eux, attendant des bus. en un sens, je m’y reconnaissais. ainsi que dans les immeubles, qui ressemblaient à mon enfance, et à ses images. quelques mots dans une langue étrangère. des musées, tous tristes, ainsi que les moyens d’y accéder. les cafés, assourdis, insensibles, narcotiques. presque jamais savoir quoi faire, comme désarmé, inapte. je suis moi aussi un fantôme du passé. une boutique où des jeunes achetaient de l’alcool. il fait un froid essentiel, on n’est qu’en novembre. toutes les peines du monde à acheter un simple paquet de cigarettes. personne ne sourit. si, moi, comme une tentative un peu désespérée d’entrefaillir. je marche le long d’anciennes murailles, je me trompe. les musées sont incroyablement vite visités, et souvent je me trompe, ils sont fermés, ce n’est plus ici, ce n’est pas la bonne collection, le bon horaire. il faut retourner dehors à ne rien comprendre, à se demander ce qu’on fait là. aujourd’hui j’ai toutes les peines du monde à me remémorer précisément qui j’étais à Cr., ce que je ressentais précisément. j’étais comme un animal, et dépourvu de mots. les choses changeaient d’innombrables fois dans la même journée. comme ça me semble loin ! plus loin que certains souvenirs et expériences, vieux pourtant de plus de vingt ans. j’ai peur que Cr. s’efface et s’efface encore davantage, j’en ressens une nostalgie cruelle, extrêmement violente, déchirante. un bruit de vent continu accompagne ce sentiment. et d’ici et maintenant, presque chaque jour, quelque chose me renvoie à Cr., des choses que je lis, des noms de hasards, tout un faisceau d’éléments qui viennent à ma rencontre comme des objets perdus en mer, aussi perdus que moi. j’ai souvent l’envie d’y penser. j’avais suivi des circonstances alors heureuses. sur place, je n’avais aucun but. regarder les portes des immeubles. et finir par laisser s’installer progressivement en moi le désarroi.

 

dance like falling wallpaper


parfois j’aime attendre que la vie reprenne, cinq heures du matin, le coup de rein d’un bus qui passe, une valise qui roule précipitée contre l’existence… je suis allongé sur mon lit, je regarde le plafond qui me connaît par cœur, je pense à ton visage quelque part, qui illumine la nuit. je pense aux clubs qui ferment et dont les pâles lumières vertes vont s’éteindre, les gens déversés sur les trottoirs. vite sortir rejoindre ces amants. il y avait ce soir un spectacle de nus, il y avait un cabaret intime… et les gens continuent, ils sont de gais sauvages, ils remuent encore tant qu’ils peuvent, luttent contre le sommeil qui ne tardera pas à prendre leurs yeux transparents… je regarde la scène, les couleurs que se renvoient les visages et les intérieurs.. mais tout est assez calme, le bruit est à peine perceptible, filtré par ce qu’il est dans les souvenirs. des mots en anglais claquent sur le trottoir. on va ailleurs, on continue, on va prendre un autre verre, pourquoi s’arrêter, la nuit est encore belle, elle a les joues fraîches, on croise toutes sortes de gens qui ont toutes sortes de choses à dire. c’est là que le hasard a sa part la plus forte, il est le maître, on le laisse décider des choses qu’il voudra prendre dans ses bras. baisers passionnés de caniveau, orgues des néons sur les faces riantes des buveurs, tous plus beaux les uns que les autres. ils s’adressent à moi dans une langue imagée, picturale, jamais fermée sur elle-même, qui ne cesse de se frotter aux autres. parfois quelques verres sont cassés, une voix s’élève, pour dire de grandes choses ; immortels rires des filles obliques en jeans dont les fils arrachés tendent à la mythologie, cigarettes écrasées sous des semelles de gomme, mal fumées, tirées trop vite, séduction de trottoir.. certains sont épuisés, s’allongent, et ne savent plus rien, pas même le nom de leurs amis, ni où ils rentreront coller leurs ventres à l’horizontale sur le pont des âmes. et la musique continue, à un rythme qui est dans le retour, les mouvements de tête.. les vêtements collent encore aux peaux par la grâce jamais finie de la transpiration qui recouvre enfin les parfums. allers éternels et retours, de l’ombre à la lumière, de la gloire de plaire à la peur de décevoir, jamais satisfaites. classe platine ou mate des coiffures défaites. donnant l’heure refusante. mais je reviens à ton visage. il sourit de très loin à ma destination. toujours épicé d’une inquiétude discrète qui vient mentir la gaieté insolente qui toujours me captive, cette peau de joie élastique des joues abricots, ta lèvre infinie d’un marbre de chair rouge fêlé qui traîne sa menace. tu flottes dans mon existence à la hauteur de mes voeux, tu traînes ta beauté par terre et moi je la vois. mystère d’être transpercé de la flèche qui ne blesse pas. je veux parler avec ta langue que je vois briller, cette lune mouillée. bruit des images à la source. et, tu le sais je me fous de la qualité. c’est une notion dont je me débarrasse chaque jour. il y a d’autres embouteillages, d’autres tunnels pour arriver à la lumière. La nuit était si longue. mais merde, il fait jour, ferme les yeux, mon amour.