20170123 le début de toute lassitude


le début de toute lassitude. quelque chose m’échappe. quelque chose t’étreint. j’ai les mains sèches, pendant que la tour E est avalée par le nuage de pollution. on ne voit plus rien par la fenêtre que mon reflet en oiseau de paradis, et quelques scintillements. mon sachet de thé ressemble à un petit paquet de viande métaphysique emballée. le début de toute lassitude. nous sommes lundi le vingt-trois janvier deux-mille dix-sept. personne n’assiste à rien ni à personne en danger. je traque les mots, je trafique les mots, les meubles, sans rien sauver,
le cœur automatique.

20170114 somnolente


j’ai pourtant bu un café ce soir mais le sommeil me gagne. je lis un peu. je baille. je me traîne, je suis penché vers la droite alors qu’habituellement c’est l’inverse, je crois ; une histoire de dos qui ploie. je voulais écrire ça, et ça, et en fait rien. une odeur de cigarette remonte par l’escalier. Like it is et Phoenix. je baille un peu le froid, le corps se rappelle qu’il existe. pas dans l’espace mais dans la proximité immédiate de moi. il doit y avoir une petite fête, et quelque part, et ma somnolence erratique vaincra.

20170113 longue-distance


je ne sais plus où ni comment a commencé cette journée je ne veux d’ailleurs pas le savoir, peur de ce que j’y découvrirai, ou même d’être déçu. simplement me reste dans les paumes une espèce de rage ou de hargne, de ne pas savoir où je vais, qui je suis, quoi faire et qu/i aimer. seule certitude cette espèce de blanc gris qui m’entoure, qui me sépare de tout. je voudrais la formule pour en cinq minutes faire, ou d’un claquement de doigts, cesser les attentes et les disparitions.
j’entends, à travers les murs, la tonalité d’un téléphone, la tonalité d’attente. quelqu’un, quelque part mais non loin d’ici, derrière un de ces murs, quelqu’un attend qu’un autre lui réponde, renouvelant ses appels, de manière incessante. il n’y a que cette tonalité et moi. je l’entends en ce moment, percer faiblement l’épaisseur du mur. personne ne répond. j’aimerais pouvoir décrocher. le correspondant serait d’abord surpris, se tairait pendant quelques secondes, en ne reconnaissant personne à ma voix. puis, nous pourrions parler, entamer une conversation, qui durerait jusqu’au matin et qui briserait nos deux solitudes. mais celles-ci se mettent en cercle et nous entourent, dont la mienne qui tisse une sorte de réseau de basse-amertume. je connais aussi ces appels qui restent en souffrance, les longues distances.

20170110 l’ennui


mon cœur se serre en pensant à la ville qui vit sa vie sans moi. je pense aux heures que j’aime passer dans les cafés, les cafés de premiers étages. je ne voudrais qu’une chose, savoir décrire cette sensation d’après-midi flottante que j’ai tant vécue. La lumière grise et douce à travers les rideaux de tissu froid caressant le sol (ils sont là depuis vingt ou trente ans, pleins de beauté et de saleté), le soleil qui parfois se tire ou se pointe. Les échanges de regards avec les clients, les inconnus. le bruit du tramway de cette ville où je ne faisais que passer. Je peux observer à loisir, à m’en saoûler, tous les déplacements, les contenus des paquets, les gens se prendre ou se laisser aux coins des rues, en bas. Cette salle à manger m’est familière, tiens. Car elle me rappelle la salle à manger d’une vieille parente, chez laquelle j’allais, enfant. Où je m’ennuyais terriblement. Je percevais le bavardage des adultes comme un poison dont je devais me protéger. Je le repoussais vers le bruit que faisaient les radiateurs. Le musique seule me protégeait. Mais ce que j’ignorais, c’est que cet ennui s’emmagasinait en moi, avec une gigantesque précision, dans ma mémoire la plus profonde et la plus enfouie. Et qu’il pourrait, par morceaux, rejaillir par surprise, et me fournir des fragments sans cesse renouvelés d’une drogue dont je m’injecterai le cerveau. (…)

Weigen Klagen Sorgen Zagen


weigen, klagen, sorgen, zagen. tu ouvres les yeux au matin trop vite sur le plafond qui déjà t’écrase ou t’aveugle. les yeux s’ouvrent d’un coup trop mécaniques. signes d’usure. déjà tu sens ton dos, tes membres, qui renâclent. cette chaleur de pierre qu’est devenu ton corps à l’absence. chaque matin tu ne te décides pas. c’est une première feuille de refus que tu signes sans la lire. vas-tu te lever. vas-tu rester à contempler le plafond comme s’il était ton dieu définitif. la lumière te délivre quelques messages du dehors, que tu ne veux pas entendre. elle va à la rencontre de ton visage presque à le caresser. c’est comme une créature peu pressée, qui veut bien envelopper ton visage de douceur, lointains présages d’une araignée qui se résigne.
quand tu ouvres ces yeux d’un coup chaque matin, il y a d’abord un souvenir aléatoire qui te recouvre l’esprit. comme si tu n’étais pas toi-même mais celui d’un autre temps, celui de l’enfance ou de l’adolescence, pendant quelques secondes qui te dupent. tu crois revivre tes dix-sept ans, intacts de leurs mystères. mais la boîte à souvenirs se referme en claquant. tout comme dehors se referment les top-cases des deux roues sur les déjeuners qu’on livre, cruellement déjà refroidis.

trop tard animal


Je me prends comme ça au milieu de la nuit. Sans filtre, animal. J’ai sommeil. Mais j’aime travailler avec la fatigue, j’en ai besoin. Tournent disques d’illusions en tête, une sorte d’euphorie tranquille où je suis debout, chez moi à conspirer. Nous sommes des machines compliquées qui pouvons aimer Bataille et les chocolats glacés. Alors qu’est-ce qu’on fait, qu’est-ce qu’on dit ; c’est sans importances. Je me répète et ça ne dérange personne. Je pense à cette fille dont les veines étaient des histoires d’amour à suivre, des lignes de télépathie. J’ai eu envie de les caresser, de les frôler tout d’abord en la regardant dans les yeux, à l’endormir. Paupières sur le noir. Domaine interdit. Je pense à la fille des intuitions. Elles ne se contredisent pas à la fleur de mon âme. Notre histoire sera une histoire de gestes. Notre capacité à taire, à figer l’obscur fond de nos pensées. Ne bouger plus jamais. Mais je regarde le plancher, seul chez moi désormais au lendemain, et je sais que c’est impossible. Et dur comme de la pierre de jardin, de son éclat. Elle a cessé de croire depuis bien longtemps avant de me reconnaître. Il n’y a plus de soufre. Comment vais-je maintenant. Je la revois sur fond de cuir orange de la banquette du café. Les veines. La main repliée. Nous parlons des détails. Nos obsessions. Je peine à retrouver son parfum j’ai oublié le code. Il y a une tristesse qui rode, pire que la mort. C’est vraiment fichu déchirant. Doigts défaits. Il faut que je me débranche de sa pensée à elle. Je lui parle, je la regarde, elle ose parfois sourire, et je dois faire en même temps comme si elle n’existera pas. Pourtant son nez de profil qu’elle veut que je regarde, qui découvre mes défiances. Je n’avais rien prévu aucune sécurité contre ses confidences, l’appel au secours des battements involontaires de ses cils pourtant sévères. Quand donc finira par se matérialiser une présence au lieu de ces images. Mes bras vont-ils enfin servir à quelque chose ? Il faudrait inventer une nouvelle saison.

Tout à coup, je me remue. Une idée m’a traversé. La certitude qu’ailleurs, dans son appartement, elle a pensé à tout cela aussi. Probablement sur le carrelage de sa cuisine debout. Je ne veux pas l’abandonner sur cette banquette comme elle m’enjoint à le faire. Si je pars, elle se dilue instantanément, dans le gin ou dans les miroirs, les grands miroirs qui invitent au silence. Nous sommes ensemble une manufacture de secousses, une machine à ne jamais dormir. Nous constituons ensemble le reste de la division. Elle sait que je sais qu’elle sait, c’est peut-être la seule manière de continuer. Il suffira de tenir jusqu’au quart d’heure des baisers, qui se situe habituellement aux alentours des quatre heures du matin. Me fera-t-elle un café ? Non, probablement jamais même si je passais une vie entière chez elle, enfin avec elle. Quel regret cette simple tasse à laquelle tendre la main sans un mot. Mais elle me fera des histoires, des histoires irremplaçables sous des lumières et des fatigues bien à elle et à ses coups de talons. Elle me fera la gueule, vaporisée, chimique. Avec son prénom de médication auquel elle feint de ne pas répondre par commodité passagère d’être une autre, un oiseau. Or la cage, c’est moi, c’est moi qui la trimballe d’appartement en appartement, sous les yeux affligés des trop tard, des lunes irresponsables.

*Ce texte a été écrit pour le site Les Cosaques des Frontières sur lequel il est paru à l’origine. 

Vedette

Violette de novembre


Violette était une fille de novembre, oui une fille de. Elle ne parlait jamais de sa famille, de ses liens, seulement de l’hiver ou des rues. Quand je regardais dans ses yeux ou dans l’obscurité et qu’elle était à côté de moi c’était comme de se glisser dans un trou de fourrure. Il y avait le risque toujours plus grand de la vie, de s’en prendre plein et aussi dans la gueule. Les mots devenaient un truc très relatif, pas très règlementaire. Moins important que la couleur du tour des paupières, par exemple, ou si les poches étaient trouées, et où on allait encore quand ça fermait.

Dans l’obscurité elle semblait s’y fondre parfaitement. Il fallait vraiment que j’écarte les yeux pour la voir alors qu’il y avait les lumières de la ville toujours un peu lunée qui pourtant filtraient à travers les rideaux et permettaient de percevoir la chambre minimale. Je voyais les objets autour de nous, j’avais l’impression d’être seul, j’entendais sa respiration. Elle adorait le silence, et parfois de sa belle voix grave elle le découpait comme un voile de plastique chirurgical, prête à opérer. Je distinguais à peine une ombre qui était son ventre probablement. Elle réfléchissait très peu la lumière, l’absorbait toute. Violette détrônait ultra la lumière. Quelle drôle de déesse a posteriori. Elle parlait sans cesse de se marier, mais jamais avec moi. Et j’aurais été assez con pour accepter. Il y avait toujours des bruits inexpliqués quand elle venait chez moi, sans que je n’en tire aucune conclusion, sinon la simple remarque qu’elle même vivait dans une maison étrange, déserte, énorme alors qu’elle était presque sans ressources, logée là par un type que je n’aurais jamais vu allez savoir s’il existait. Elle disait qu’il passait sa vie dans les galeries d’art et je finissais de l’imaginer lui-même comme une sorte d’œuvre congelée et sinistre.

Le matin pas très réveillé je regardais ses fesses remuer pendant qu’elle se maquillait dans la salle de bains. Elle laissait toujours cette porte ouverte et pour me parler. C’était tout un art du bariolé. C’était le matin qu’elle aimait faire toutes sortes d’hypothèses. Je pourrai en retrouver certaines et les noter ici.

Aujourd’hui je n’ai aucune idée d’où elle pouvait bien aller après s’être préparée. La seule preuve que j’avais de son existence étaient ces longs cheveux noirs qui restaient sur le carrelage de la salle de bains, qu’il m’arrivait de contempler religieusement. Je ne sais pas quel était son métier, son activité, comment elle passait ses journées. Comme si elle ne faisait que disparaître, puis réapparaître.

Violette de novembre. Tu fleuris quand même où tu peux. Dans les restes peu glorieux du souvenir.