à rebours l’air de rien


je ne sais plus comment faire, il faudrait que j’aille à rebours, pour remplir ces pages. les remplir de passé, car j’en ai en stock. maigre trésor qui n’intéresse que moi brièvement et encore puisque ce n’est pas si difficile mais j’ai toujours autre chose à faire, marcher par exemple sur le rebord qui mène d’aujourd’hui à demain. ou alors une chanson me détourne ce qui n’est pas la pire des choses. j’écoute attentivement les autres en perdant la trace de mes pensées. vers ma destinée. un titre un peu grave drama. j’écoute un accent italien dans une recette de cuisine. les carcasses sont fracassées pour faire une poudre rouge qui sera saupoudrée juste avant la dégustation. je bouge un peu car j’ai mal au dos, j’abandonne toute velléité d’expression ma voix est voilée. remarque que cela crée un effet un peu opératique. je prends le combiné pour occuper un peu la ligne. tiens lui, elle, ça fait longtemps. fait-il encore partie des gens infréquentables. ça sonne de l’autre côté. je dérange un spectre au moins, dans l’intervalle. je ne sais pas quoi dire à ces amis dont on doute. j’ai envie de dire, « retrouve moi sous l’escalier ». il en est de vieux désirs comme de la poussière qu’on secoue. sous l’escalier où je t’ai embrassée. mais dès que je serre entre mes bras, il y a comme un vacuum. nous voilà à nous reparler comme quinze ans en arrière. ne te penche pas trop. comme de vieux amis, sur une banquette, en contrebande. allons dîner, tu n’as pas changé. j’ai comme une envie de pleurer, pendant le blanc, comme on se regarde. on pense la même chose triste et belle. rattraper quelque chose au vol, un bout de temps. notre viande refroidit.
il faut que je fasse tout cet à rebours l’air de rien, oui.

20170124


est-ce que tu trembles alors, comme les arbres, inutiles. dont je refuserai toujours de parler. ils ne me sont rien, je ne les vois pas. je préfère l’obstination des cintres, l’animation des abribus. je me suis surpris à la révolte. j’ai usé de sous-entendus comme de tissus dont on peut maintenant tout voir à travers. peaux de fesses ou parchemins. j’ai erré entre quelques objets, il n’y a pas de formule magique. et à chaque heure, le nom d’une ville inaccessible défile. ville d’italie, ville d’europe. villes d’ailleurs. seul, moi, ne bouge pas. j’accueille les fenêtres avec à chaque fois le regard neuf. je ne crains pas l’ennui car j’en ai plus que d’eau. je crains seulement l’indifférence.

20170123 électro-ménager blues détraqué


des procès honteux faits à, des révélations inattendues, des règlements de comptes en série, du porno bio. il manque chaque matin la parole des écrivains. on n’en a pas fini avec l’excès de simplification. tu branches la cafetière et voilà qu’elle se met elle aussi à éructer comme si elle était sur un réseau social quelconque. ce qui était un lieu à part, un lieu de création et d’étonnement est devenu sur lequel il faut vomir à l’entrée.
il n’y a pas toujours une parole prête à répondre à un discours, c’est le problème que je remarque.

qui s’occupe de moi aujourd’hui, qui vient me nourrir, me chercher. qui vient me laisser aujourd’hui. je veux lire, je veux regarder par la fenêtre, je veux le minimal cold electro wave pour laver les plaies silencieuses. please no messages, no todo at all. voilà qu’on me demande d’exister, par ci et par là. je ne suis pas un four à micro-ondes dont on appuie le bouton boost sur quelque trente secondes. mais je veux bien trente secondes d’éternité par jour. je peux décider d’aller retrouver le cercle de l’enfer des hypermarchés, de tirer à la carabine sur le lac. rien ne m’est conseillé au téléphone lorsqu’on me démarche. c’est pourtant l’heure à laquelle je ne devrais pas être chez moi, à caracoler brillamment de main à main. pendant que vous regardez les statistiques, ou les vidéos de distraction qu’on aura postées pour vous, pour vous éloigner de vous.

20170123 le début de toute lassitude


le début de toute lassitude. quelque chose m’échappe. quelque chose t’étreint. j’ai les mains sèches, pendant que la tour E est avalée par le nuage de pollution. on ne voit plus rien par la fenêtre que mon reflet en oiseau de paradis, et quelques scintillements. mon sachet de thé ressemble à un petit paquet de viande métaphysique emballée. le début de toute lassitude. nous sommes lundi le vingt-trois janvier deux-mille dix-sept. personne n’assiste à rien ni à personne en danger. je traque les mots, je trafique les mots, les meubles, sans rien sauver,
le cœur automatique.

la vaniteuse


Dès que j’ouvre les yeux elle est près de moi. À se chauffer les fesses aux soleils d’hiver. Elle parvient encore à fumer dans les cafés, au gré de je ne sais quels arrangements. Elle sait se rendre invisible au centre des meutes, des bien-pensants. C’est aujourd’hui la plus grande qualité. Je fais pareil qu’elle. J’essaie, je la copie. Je pense, à travers elle. J’entends, quand elle chantonne, dans ma tête. Ces vieilles chansons dont personne ne veut. Notre vie invisible pendant qu’ils cherchent tous l’exposition maximale. Ils se crament la peau de cerveau qui leur reste. Vil troupeau qui va répétant. Nous sommes parmi les trop parlants dont les voix se cassent contre la vaisselle maltraitée des comptoirs. Même pas besoin de regards entendus. Je décèle, aux bottines, escarpins qu’elle a choisis, aux vêtements qu’elle a revêtus, ce qu’elle ressent ou ce qu’elle a souhaité exprimer. Chaque jour son changement de cape.
Nous sommes aux bords des découragements, c’est là qu’on aperçoit le mieux c’est-à-dire avec les vertiges, laissés seuls. La grande horloge au fronton de la gare, celle qui ne marche plus, sauf comme nous peut-être une seconde par jour. Il suffit de savoir un peu regarder. Quand regarder est comme marcher, avec le seul bruit sur le carrelage éternel du café.

20170114 somnolente


j’ai pourtant bu un café ce soir mais le sommeil me gagne. je lis un peu. je baille. je me traîne, je suis penché vers la droite alors qu’habituellement c’est l’inverse, je crois ; une histoire de dos qui ploie. je voulais écrire ça, et ça, et en fait rien. une odeur de cigarette remonte par l’escalier. Like it is et Phoenix. je baille un peu le froid, le corps se rappelle qu’il existe. pas dans l’espace mais dans la proximité immédiate de moi. il doit y avoir une petite fête, et quelque part, et ma somnolence erratique vaincra.

20170113 longue-distance


je ne sais plus où ni comment a commencé cette journée je ne veux d’ailleurs pas le savoir, peur de ce que j’y découvrirai, ou même d’être déçu. simplement me reste dans les paumes une espèce de rage ou de hargne, de ne pas savoir où je vais, qui je suis, quoi faire et qu/i aimer. seule certitude cette espèce de blanc gris qui m’entoure, qui me sépare de tout. je voudrais la formule pour en cinq minutes faire, ou d’un claquement de doigts, cesser les attentes et les disparitions.
j’entends, à travers les murs, la tonalité d’un téléphone, la tonalité d’attente. quelqu’un, quelque part mais non loin d’ici, derrière un de ces murs, quelqu’un attend qu’un autre lui réponde, renouvelant ses appels, de manière incessante. il n’y a que cette tonalité et moi. je l’entends en ce moment, percer faiblement l’épaisseur du mur. personne ne répond. j’aimerais pouvoir décrocher. le correspondant serait d’abord surpris, se tairait pendant quelques secondes, en ne reconnaissant personne à ma voix. puis, nous pourrions parler, entamer une conversation, qui durerait jusqu’au matin et qui briserait nos deux solitudes. mais celles-ci se mettent en cercle et nous entourent, dont la mienne qui tisse une sorte de réseau de basse-amertume. je connais aussi ces appels qui restent en souffrance, les longues distances.