20170228 mantra contraire


il est temps de se regarder en face, et de dire ce qui ne va pas. à quel point je suis loin, loin de tout ce que je pouvais espérer. une chanteuse seule me tient compagnie à la radio. je fais ce que je fais en faisant autre chose. autrement je n’y arrive pas. je dois un peu détourner les yeux. de moi-même, de ceux qui me regardent. « incroyables réponses stupides au maillon faible », c’est écrit, sous mes yeux. mantra contraire. personne ne m’a dit ok. de toute façon je n’aurais pas été d’accord. j’en ai, des 04 heures 07 en réserve, à écouter le tristango. je suis prêt à échanger tout contre un seul visage. qui me regarderait et que je regarderais aussi. avec envie de cinéma permanente, façons étranges de se nourrir.

je ne sais pas quel trésor que je n’ai pas je dilapide.

20170220 light drizzle


je colle des phrases : je parle brièvement à quelqu’un qui travaille dans la « communication de crise ». l’expression me fascine, je la trouve belle et romanesque. est-ce tant opposé. est-ce qu’aller au supermarché faire ses courses est la négation de l’écriture ? causerie qu’a rien à dire. c’est l’anniversaire ou je sais pas quoi de Warhol, Andrew, Andy.
un livre sur quelqu’un qui adore les chiens ? un livre sur quelqu’un qui déteste les chiens, qui promène des chiens, qui vend des chiens, le chien comme monnaie, comme objet de réel, bref non à tout.
mais une histoire, c’est difficile, parce que c’est quelque chose de très grand (comme un vêtement). c’est-à-dire que c’est tout un défilé. et aussi je veux lire lire lire lire. qu’est-ce que je pourrais bien raconter. une vie inintéressante comme la mienne. la vie qui regarde la vie. la vie qui enlève ses habits. la vie qui se demande, la vie qui fume une cigarette, la vie qui gratte. oui à tout.
j’étudie toutes sortes de personnalités. d’une seule passion.

Vedette

Elle, elle


Qui est cette femme qui joue avec les boutons dans l’ascenseur. En robe vert aquarium. Les boutons de sa robe, ou bien de l’appareil ? De fait le voyage est long et emmêlé : nous montons, descendons, nous arrêtons, dans un état diffus de nausée et de désir. Personne ne la regarde que moi. Je me retiens de prendre cette photo de visage. Alors je la prends de mémoire. Mystère d’un miroir abandonné. Je ne suis pas tant là, ce ne sont que mes yeux qui occupent la place. Elle, elle tient sa pochette de cuir boursouflé, de cuir malade, presque palpitant sous ses doigts, qui ne contient rien qu’un peu d’argent, un tube de rouge, un pass, un paquet de cigarettes, désormais interdites partout. Où va-t-elle, elle, je peux seulement me l’imaginer ; elle doit avoir des adresses, ce genre à avoir des adresses, des adresses à la fois de beaux quartiers mais aussi d’arrières-gares louches. Incommunicables. Mais dans l’immédiat elle va dans la piscine souterraine de l’hôtel. C’est une robe de bain qu’elle porte et ses escarpins sont d’une gomme épaisse, non-usinés mais travaillés à la main et au souffle. À cette heure-ci il n’y a personne dans le bassin. La piscine est ronde, très peu éclairée. Clapote dans le néon bleu-vert sourd. Une célébrité y est morte, il y a des années, à ce qu’on raconte : une photo de cette femme, de son visage inerte qui n’aura jamais été plus beau, est conservée quelque part, jamais montrée. Cette histoire qui fascine reste à demi-tue mais circule. Un jour une plaque de marbre sur la façade le rappellera.
Tout autour, des cabines-alcôves munies d’épais rideaux noirs qui absorbent le peu de lumière. On ne peut pas vraiment nager dans un cercle si compact. Peut-être le cercle de l’enfer est-il aussi étroit. Simplement s’offrir à l’eau, aux regards. Mais il n’y a personne, je crois. Sauf peut-être derrière un de ces rideaux. Elle, elle chuchote bizarrement des choses qui se perdent dans les clapotis. Des bruits étouffés qui ne regardent qu’elle seule. Elle porte peut-être un parfum qui se dilue dans l’eau, absorbé par les bactéries. Je suis au bar de l’hôtel, mais je sais tout ce qui se passe en bas, comme si une trappe ouverte quelque part me permettait d’être et de voir, aux deux endroits. Je commande un verre, et en scrutant le cristal je peux voir par l’intérieur de mes paupières l’ensemble de la scène qui la concerne. C’est un peu comme si à travers toutes les parois, elle était dans mon verre. Je ne sais pas si je vois qu’elle retire finalement sa tenue. Je bouge à peine. Elle, elle fait quelques gestes de nage qui dérangent la lumière. Je m’ennuie un peu, un peu trop seul, trop séparé. Je mâche une olive, amère. Je repense à des héroïnes maléfiques de l’écran, à des corps qui ruisselaient ; des images qui ont électrisé mon adolescence. Le verre que je tenais en main se brise. Le barman me regarde d’un air mauvais, je paie pour sauver la face. Je n’avais pas fini mon verre, tant pis. J’ai besoin de savoir si tout va bien et je prends l’escalier qui descend à la piscine.
L’entrée est discrète, invisible aux clients sauf à la connaître. Le sol est fait d’une pierre rare, toujours chaude et dont je sens les ondes. On peut accéder par-derrière au cercle des huit cabines qui ceignent le bassin. Une seule de ces cabines doit être occupée. Je tourne autour, je n’entends rien à part l’écho de l’eau qui tremble. Peut-être que le bruit plastique d’un maillot aussi. Je m’installe dans une cabine, j’hésite à me déshabiller. J’ai peur de me faire surprendre, je ne suis pas client de l’hôtel, seulement du bar malheureusement. Mais y rester habillé est encore pire, sans doute. J’écarte le rideau qui donne sur le bassin. Je ne vois rien. Je ne vois d’abord rien car mes yeux ne sont pas habitués et qu’il fait sombre et humide. Je vois la femme de l’ascenseur qui est là, dans l’eau. Presque en face de moi. Je ne sais pas si elle me regarde. Elle, elle fume, dans l’eau, ventre contre la paroi et coudes appuyés au rebord. Seulement deux mètres nous séparent. Un mètre, un mètre de cette pierre chaude. J’ignore tout de la langue qu’elle parle ou comprend. Moi je suis assis sur le banc de la cabine, en retrait, le souffle coupé. J’ai le chic pour me mettre dans des situations inconfortables. Je me sens comme coupable. J’ai pourtant simplement pris l’ascenseur, puis un verre. Je ne sais pas quel crime a eu lieu ici mais je me sens inexplicablement impliqué. J’ai encore un peu de verre dans la paume de ma main, peut-être un peu de sang. Il vaudrait mieux qu’il ne se passe rien, que je ne touche rien. Je ne veux pas rejouer une histoire qui n’est pas la mienne. Je ne sais pas ce qu’elle attend ; sans doute ne sait-elle pas ce que j’attends. Si jamais elle me voit. J’ai toujours été un être de patience. J’ai le goût sur la langue, le goût du verre que je n’ai pas fini, ou bien le goût d’un baiser très ancien qui revient, comme ces souvenirs qui ne sont qu’un peu de fumée âcre dans la gorge, lointain signe des cendres.

20170214 visage mangé par le noir


Je me mets dans la peau du fantôme.
Il faut que cela ait passé le filtre infini des jours. Quand je ferme les yeux je vois ces petits points que je ne peux pas nommer ni reconnaître, un motif probablement d’insatisfaction qui danse, seul. Il faut que je reste assis face au rien pour trouer l’ennui, le martyriser. Seul le dérisoire vient se pencher sur mon épaule. Je rêve de prendre un bus, un bus vide qui roulerait au hasard et s’arrêterait devant les divers états de la mémoire, telles des boutiques désaffectées, des défaites.
Je regarde passer les événements, ouvert à toutes les expressions, un chronomètre à la place du cœur. Le monde est une sphère qui ne tourne pas autour de moi ; simplement, s’éloigne. Je remue les lèvres pour personne.

Je repense parfois à ces photos anciennes de vingt ou trente ans, quand l’appareil était trop rudimentaire pour désavouer l’ombre qui gagnait la partie, et la lumière déclinante plus assez forte pour éclairer les visages en face.
Cela faisait la beauté du visage, cette absence dans la lumière rasante, l’impossibilité toute fraîche de ne plus voir les yeux qui eux vous dévisagent, l’heure où cela basculait sur les façades. C’est par exemple sur un balcon, il est déjà un peu tard, on est sûr que le temps va passer encore aujourd’hui.
Le visage est déjà dans le noir.
Tu sens la douceur du scandale, tu sens déjà comme une disparition, un twilight.

Il ne reste plus que la poussière de l’idole Amour brisée, et elle s’est lavé les mains avec mes larmes.

20170212


on est dimanche. encore un rêve oublié. attente du soir dans le silence. attente du soir et de la nuit. de l’attente comme attentat. en attendant, conversations à propos des conversations. comme quoi je préfère la musique, les performances solitaires du laveur de carreaux. l’or du dimanche sans alternative. raconter toujours la même chose, donc ne pas le raconter. y a-t-il une solution à ces films muets en attente dans les parois de la pensée ? ne pas savoir jamais.
Alice qui a connu Kafka. Celui-ci l’emmenait promener, il lui achetait des glaces, il souriait et racontait des histoires drôles. prénoms magiques des alices dans les villes. sauf qu’ils allaient aussi dans la forêt. comment savoir ce qu’il en sera, puisqu’on est aujourd’hui et seulement aujourd’hui ? si tu fais simplement le tour de l’arbre, tu me trouveras.
« Restez calmes. N’oubliez pas. Le calme, c’est la force. » (l’amie d’Alice)

20170211 Carl Andre


Dans je ne sais quel palais.
J’avance sur les dalles d’acier et je me dis que je ne connais peu de plus belles sensations que de marcher sur une œuvre de Carl Andre. Tout est différent, et pourtant je ne fais que marcher. Les dalles oscillent légèrement, et toutes distinctement, chacune à leur manière. Elles sont en variation de couleurs et d’épaisseur. Le bruit discret qui est produit à chaque pas me traverse le thorax, j’en suis à moitié l’émetteur et le récepteur. Frissons et férocité, que je suis seul à percevoir. J’en suis prisonnier, prison d’air libre et de matières, de métal. L’œuvre me soulève c’est une sorte de marée intense et basse, un écartement léger du monde, nous nous supportons vivre mutuellement. Je respire en mieux sur des carrés de désir et de déséquilibres. E. est d’accord avec moi, elle ne dit rien, elle marche. Je pourrais y rester très longtemps, le temps qu’il faut pour enfin arriver nulle part.
Et les sculptures de papier. Ne pas en parler. Je préfère les garder en joue, en moi, à distance de toute parole. C’est une claustration du langage, elle est salvatrice. L’œil lit ou plutôt se promène. Nul besoin de choisir ou d’ordonner.

20170131


en ces temps de sur exposition, de sur représentation, de sur production, il faudrait plus que jamais être sous exposé, rare, silencieux, sibyllin. c’est infernal cette recherche d’écoute ou de notoriété, qui contamine même le plus rétif. problématique de l’époque. à laquelle il m’arrive de penser trop. c’est une autre sorte de refus du présent, quel qu’il soit.
oui car il faut que chaque présent, même pauvre ou misérable, soit accueilli comme il se doit, comme un roi.