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Vers la fin, quand nous n’étions plus en peine de nous-mêmes, que mes évanouissements se faisaient plus rares, toute cette négativité me parcourait l’échine et je connaissais des frémissements qui allaient mettre leur temps à disparaître, eux aussi. Quelque chose de vivant, bougeant. De furtifs hérissements atomiques, en ondes aiguës. Des épines de rose sous la peau, et qui pointaient vers l’air. J’avais contracté d’autres liens, d’autres métamorphoses. Elle disparaissait mais s’était imprimée dans ma chair vivante, souterraine, comme si elle avait étendu ses bras en moi, son domaine. Alors ensuite, des années, j’ai eu parfois l’impression, à certains moments-clés, que le mouvement, la décision que j’opérais, c’était elle qui la guidait ou l’engageait. Je me sentais emprunté pendant de brèves et éternelles secondes, quelque chose de voilé me passait devant les yeux ; braises qu’on rallume d’un souffle, j’étais suspendu à un fil, ou dans le gant de velours. Seul son visage, ne s’effaçait pas, par ailleurs. Simplement, et avec distinction, je voyais ses traits vieillir progressivement, ou s’affiner, cela revenait au même. S’affiner au point que l’image, photographique, devenait empreinte, dessin, gravure, les traits se vidant de chair mais tout en se minéralisant. Elle devenait une sorte de statue, idole abandonnée d’une religion de l’oubli, les angles du visage s’aiguisaient de plus en plus ; on se serait blessé à tenter de l’embrasser. Les yeux de l’image se fermaient, imperceptiblement, mais des larmes auraient pu encore y couler à travers les fentes du masque nu