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c’était de ces certains soirs où soudain le silence se fait le maître, assourdissant manque de parole où j’entends mes bruits organiques recouvrant tout, par exemple mâchant un morceau de pain, très distinctement je perçois le claquement des vertèbres si forts à mon oreille interne, ou la descente de la boisson qui l’accompagne à travers l’œsophage. Et d’ailleurs il est sûrement neuf heures du soir, heure de la transparence justement, — ou bien les chiffres se sont-ils arrêtés de couler le long des tempes, heure où — enfin — je peux renoncer à expliquer, à cacher mon butin, mes os. C’est un infime relâchement qui me prend et me conduit doucement vers le soir, vers un potentiel que j’ai ignoré pendant des années, et qui commence à rayonner. Une forme de gloire modeste, un accroissement d’abandon qui se pose là, sur mes épaules. Je patiente dans la journée tombante, silent datings avec moi même. Diverses solutions s’offrent, je tourne un peu en rond avant de me décider, je goûte aux cryptogrammes (parfois des nuées de regrets m’étreignent quant à ces mêmes heures passées où je n’ai su choisir, bouger, tracer), et la plupart du temps, je décide de m’extraire. Ces soirs-là je me devais une perméabilité, pour me maintenir en éveil tout en restant concentré. Il se pouvait que des établissements, une nocturne de musée désertée, les bars encore ouverts, les boîtes entrebâillées, attirent mes pas ou les y conduise avec mollesse. Un sphinx négligent s’y tenait parfois, gardant l’entrée, le visage ténu, crispé, regardant vers la direction du sol, les reflets plutôt que les clients, semblant vouloir nous dénier toute existence