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je me méfiais des devantures, moi-même je mentais à tous les étages de mon être, et surtout aux proches, parfois ils en venaient à se désintéresser de moi, ou au contraire à s’y intéresser de trop près, tout est question d’équilibre : maintenir un précaire détroussé. À elle je mentais avec scrupules, mais la vérité aurait étouffé toute possibilité entre nous, elle ne l’aurait pas aimée, si peu que moi, et puis pour me rassurer, pour accepter mes propres revirements, je me raccrochais à l’idée que si ces arrangements aboutissaient à des situations, à des échanges biens réels (et c’était le cas malgré l’incertain, toujours menaçant), on devait bien s’éloigner quelque peu du mensonge pur, abstrait, théorique et cruel, celui qui dévore tout ; je lui avais raconté que j’étais seul au monde, sans famille, cela me facilitait les choses, cela la fascinait et je crois qu’elle m’enviait : je devenais à moi tout seul une constellation lointaine, grandissant dans sa rétine, elle qui gardait tant ses distances me regardait avec la tête légèrement penchée, j’aimais son cou à ces moments-là, cette petite torsion, je pouvais l’empoigner, et lui faire un peu peur, elle aimait ça, on n’était plus dans le mensonge là ! je pouvais l’oublier un peu, j’étais obligé d’inventer quelques histoires minimales pour la tenir en haleine, je me perdais dans les reliefs du vrai. Quand elle marchait, il me semblait qu’elle se retenait un peu plus que la normale aux choses, portes, murs, rampes, qu’elle rencontrait, et ainsi en étais-je venu à mon tour à la soupçonner de mentir, mais je ne lui demandais rien. Il n’y avait aucun compte de tenu entre nous ni