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se dépersonnaliser dans le métro, aux alentours de vingt-et-une heures, avec comme seul brevet d’existence le creux de plus en plus précis dans le ventre, et la tête qui se vide, parmi ces animaux poignants, byzantins, semblables muets aux regards fournis, aux poches vides, sur les clavicules desquels semble écrit il ne se passera rien ce soir. Paupières, élastiques, semelles, cous raides et froissés, banquettes pressées d’odeurs, urine séchée, confondues, rien n’est vraiment grave et tout ce qui compte est de n’avoir pas de but, pas d’attraits, seule la lumière perce et force les habitudes, seule la volonté d’être avec eux mais de très loin, sans se perdre de vue, sans affronts. La vitesse, le fracas, la ferraille à la volute de l’oreille, n’a qu’un objet, vous peser sur l’épaule. Vous inversez les vues intérieures et extérieures, comme si votre crâne était transparent, pour soi, pour les autres, comme si tout le système du métro tournait en fait autour de vous immobile, panorama circulaire et sans fin, vous vous livrez indolemment à cette excitation graduelle de la machine en roue libre, chaque être a exactement le même quotient que vous, quelconque, le même volume, ce sont les costumes ou les hardes qui désignent, qui dictent les attitudes, il n’y a même plus la fatigue, c’est une heure totale et libre pour les désœuvrés aux orbes incertains, nous avons soudain un réflexe d’appartenance malgré nos trajectoires discordantes, ce sont nos gestes minces qui sont nos maîtres, qui passent de l’un à l’autre et qui nous lient, j’ai les épaules voûtées, mes regards sur le vide en tranches, je suis chez moi