laques _027_


001 003 005 007 009 011 013 015 017 019 021 023 025 027 029 031 033 035 037 039 041 043 045 047 049 051 053 055 057 059 061 063 065 067 069 071 073 075 077 079 081 083 085 087 089 091 093 095 097 099 101 103 105 107 109 111 113 115 117 119 121 123 125 127 129 131 133 135 137 139 141 — laques_cover_petit

Je voyais à ses jambes l’interminable assaut qu’elle ne cessait d’opposer aux hommes qui l’abordaient, à son cou l’ombre des morsures, la cicatrisation toujours en cours et jamais raffermie de la peine des autres ; car elle ne demandait rien, elle me raccompagnait en silence telle une faveur qui devait infuser tout l’intervalle de nos retrouvailles qui n’étaient jamais fixées ou prévues autrement que par mes soins, et je n’attendais jamais trop longtemps de peur de ne plus retrouver ce visage, de le voir lavé par l’oubli ; je ne connaissais pas ses attaches comme elle ne connaissait pas mes liens ; elle avait eu à faire avec la brutalité, rapports anciens dont elle s’était dégagée, mais elle gardait toujours à portée un endroit de repli, à défaut. Elle avait pour habitude, et c’était un message tangible, de garder quelques secondes en trop le verrou de ses doigts autour de mes poignets, quand nous étions dehors, au moment de nous séparer, elle serrait un peu plus à l’instant dernier, et j’en sentais quelques minutes encore la marque à mes jointures, de même que quelques instants j’étais déséquilibré par l’absence subite. Les vitrines m’accordaient leurs feux pour que je ne perde pas mes propres pas, je me sentais délesté et rompu, j’avais hâte de marcher, de retrouver des marques, je ne pouvais pas me passer plus de quelques heures de respirer l’air libre ou au moins de lever la tête ; mes membres étaient endoloris et simultanément décuplés ; et elle était partie sans que je sache ni comment ni où, elle était peut-être déjà suivie, en train de semer quelque intrus, perdue entre les rayons trop froids d’un supermarché