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Et s’il avait pu s’arrêter plus longtemps, s’il avait pu figer les heures et épaissir leur structure toujours filante, il aurait pu s’agenouiller vers cette tête impavide, aux yeux vides, cerclés d’une fine ligne noire, amère, en amande, charbonnée. Deux yeux fardés à l’imitation d’une lascivité illusoire ; car deux yeux sans regard ne peuvent rien, et pourtant : il y avait dans ces deux trous un appel, une excitation rentrée, promise et imprononcée, accentuée encore par le plissement de la bouche et de son infime entrouverture, ce creux entre les deux lèvres du mannequin matérialisé par un sillon profond séparant les accolades rouges des lèvres de plastique, comme si un flux de salive allait pouvoir goutter à tout instant de ces parenthèses ; mais en vain : tout était paralysé, l’œil de l’observateur butait sur la masse des cheveux blonds en étoile. Rares étaient les atteintes aussi réussies à la convenance, cette tête était comme un appel à entrer dans la boutique pour accéder à cette vision, la toucher des doigts, si de fait la pétrification à l’œuvre n’avait pas été plus forte, contaminant tout, genoux endoloris et paralysés dans les flaques à double fond, une position basse au ras du sol, à genoux comme à tâtons, qui ne lui déplairait pas en échange d’une contemplation digne de ce nom, quelques heures par-ci et là, visant un ancrage dans le flux, tentant de capter le regard impossible de la figurine, ou nettoyant la vitre à mains nues par la grâce de l’humidité de sa paume, s’ouvrant à point une percée vers l’arrière-plan, pour discerner au fond le corps mouvant et dérobé, le visage incertain remontant de l’ombre avec peine