infline


Je mets aujourd’hui une partie de ce que j’écris offline online, comme ça, pour me manifester de manière infime, quelque part, dans un quelconque recueil obscur de données statistiques de l’internet primitif.

Perdre le message qu’on est en train d’écrire (matin), et l’espèce de découragement qui en découle. De quelques techniques pour le reconstituer, dont, parcellairement, la mémoire.

Musique. mails. cocher et écrire, même n’importe quoi (après-midi). On en est où dans la saison. Forme classique de l’interview. sms. jour. nuit. musique. manque de temps. se préparer. etc.


Il existe donc des couvertures lestées pour pallier à l’absence d’un autre qui serait sur ou contre toi ou que tu tiendrais dans tes bras — mais qui n’est pas là, ou qui n’existe pas (combien ça coûte).

Violente disputation (dispute ça colle pas car c’est par écrit donc je prends celui-ci) par écrans interposés. Comme quand on met une longue-vue dans le mauvais sens, chacun d’un côté opposé. Sensation d’éloignement inéluctable. Et si l’autre avait raison et moi tort, et si on m’avait menti, et si je ne savais plus rien. Ça ne change pas grand chose à la longue-vue. J’aime pas trop écrire cela mais c’est comme un marqueur. Importance des marqueurs, il faut que j’en prenne note, que je les marque.

Écrire (soir). J’attends, par un curieux raisonnement (non, ce n’est pas pensé, disons « par une intuition déformante »), qu’à un moment viendront, enfin, sous mes doigts, quinze lignes miraculeuses. Donc il me faut attendre, avant d’écrire. De quoi ça vient ? (« De quoi ? Ça vient !?! ») Il faut repousser le plus possible la possibilité (le plus possible la possibilité). Cela m’évoque mille interprétations passionnantes.

« Narration, roman », me suggère E. En faisant la vaisselle je pense que, après tout, ça devrait être facile d’écrire un petit très bon livre. L’ennui c’est que je suis en train de faire la vaisselle (précisément…).

Parfois le rideau est fermé et je peux quand même percevoir ce qu’il en est du dehors physique (nuit). Une pensée me vient, une intuition qui a presque les moyens de sa propre certitude : je crois que ça fait longtemps que personne n’a prononcé mon vrai prénom, mais combien, plusieurs semaines, mois ? Je me demande où ça situe dans l’espace justesse / exagération.

« J’ai froid » fait partie de ces phrases qui peuvent correspondre à beaucoup de situations.

hélice


ÉCRIRE c’est la peur de la liberté. Cette phrase a (au moins) deux sens, presque opposés. Si bien opposés que je n’arrive maintenant plus à comprendre, à entrer dedans, dans la signification. Trop parfaitement joints. J’en ai perçu la limpidité le seul temps de la formulation, ensuite de quoi je me suis cassé la gueule dessus. Tant mieux si le sens est tombé. Je préfère les phrases devenues impénétrables. Je les ai écrites, elles sont issues de mon intimité la plus mystérieuse, et elles m’échappent néanmoins complètement. J’écris n’importe quoi ça soulage le cœur. Emporte-les bien loin les mauvaises ardeurs. Certains soirs je refuse de me coucher, je n’en ai pas du tout envie. Je préfère attendre qu’une phrase vienne se cristalliser à ce point précis de mon crâne en extase renversé. J’ai fatigué sur toute la journée ma pensée, consciente, structurée, réflexive, idiote ou obsédante, et je me retrouve désormais avec les restes, les hélices, des rubans déchirés qui volent sous le vent de la nuit.

Le thé quand je le bois 
est désespérément froid.

à Cr.


certains jours les réserves de nostalgie semblent inépuisables. il faudrait… aller quelque part. être ailleurs, vivre autre chose. ou tout simplement, vivre. étrange cette nostalgie de la vie comme si j’avais connu… quelque chose de fort. et non pas seulement tourner, tourner au coin, et revenir. récemment, cette ville triste, pourtant. qui ouvrait ses yeux.  et pourtant tout ceci qui s’écroule, un édifice. ce n’était donc pas vrai ? il n’y a rien, derrière les façades ? impossible de dire, de deviner le château de cartes des pensées de l’autre. intérêt de façade. les journées étaient longues, je traînais dans la rues. souvent, déjà, les mêmes. peu d’heures de jour. l’hostilité silencieuse de ses habitants. les passants tous comme des abimes marchants, rentrant chez eux, attendant des bus. en un sens, je m’y reconnaissais. ainsi que dans les immeubles, qui ressemblaient à mon enfance, et à ses images. quelques mots dans une langue étrangère. des musées, tous tristes, ainsi que les moyens d’y accéder. les cafés, assourdis, insensibles, narcotiques. presque jamais savoir quoi faire, comme désarmé, inapte. je suis moi aussi un fantôme du passé. une boutique où des jeunes achetaient de l’alcool. il fait un froid essentiel, on n’est qu’en novembre. toutes les peines du monde à acheter un simple paquet de cigarettes. personne ne sourit. si, moi, comme une tentative un peu désespérée d’entrefaillir. je marche le long d’anciennes murailles, je me trompe. les musées sont incroyablement vite visités, et souvent je me trompe, ils sont fermés, ce n’est plus ici, ce n’est pas la bonne collection, le bon horaire. il faut retourner dehors à ne rien comprendre, à se demander ce qu’on fait là. aujourd’hui j’ai toutes les peines du monde à me remémorer précisément qui j’étais à Cr., ce que je ressentais précisément. j’étais comme un animal, et dépourvu de mots. les choses changeaient d’innombrables fois dans la même journée. comme ça me semble loin ! plus loin que certains souvenirs et expériences, vieux pourtant de plus de vingt ans. j’ai peur que Cr. s’efface et s’efface encore davantage, j’en ressens une nostalgie cruelle, extrêmement violente, déchirante. un bruit de vent continu accompagne ce sentiment. et d’ici et maintenant, presque chaque jour, quelque chose me renvoie à Cr., des choses que je lis, des noms de hasards, tout un faisceau d’éléments qui viennent à ma rencontre comme des objets perdus en mer, aussi perdus que moi. j’ai souvent l’envie d’y penser. j’avais suivi des circonstances alors heureuses. sur place, je n’avais aucun but. regarder les portes des immeubles. et finir par laisser s’installer progressivement en moi le désarroi.

 

20170504 quatorze fraises


certains jours j’attends juste l’épuisement, enfin je n’ai pas à l’attendre, il s’est installé d’un coup, je n’y pensais pas mais le voilà en visite, il est chez moi, a pris toute la place et toutes ses aises comme s’il était chez lui, mais c’est peut-être le cas, car ces jours-là, je suis qui, je suis quoi, oui je suis coi.

d’ailleurs je suis sorti, c’est peut-être lié. car j’ai erré sans réel but, les buts vagues que j’avais s’étant effondrés, il a plu, j’étais bloqué dans le quartier arrière où je ne vais jamais, sur la terrasse protégée à boire des cafés en attendant que la pluie cesse, et j’essayais d’éviter de penser aux fois précédentes où j’avais été ici, éviter d’y penser non pas par nostalgie ou regret, mais simplement parce que c’étaient des moments sans intérêts, bien qu’aux intensités très contradictoires.

j’y ai entendu cette chanson d’une chanteuse à la mode, et j’ai aimé car elle m’a donné l’impression d’avoir quatorze ans, pas du tout comme avec une chanson de l’époque qu’on réécoute, mais comme si j’avais à nouveau quatorze ans, me rendant vivante une sensation de ce présent-là, désormais si loin, quasiment hors de vue ; oui, c’est exactement une chanson qui aurait pu exister quand j’avais quatorze ans.

elles sont belles, ces cinq tomates presque noires et parfaitement alignées, ces quatorze fraises dont il en manque cinq, mangées debout tout à l’heure aux lèvres dégoulinantes, ces deux poires dont le vert illuminera ma chambre quand j’aurai éteint la lumière, et cet avocat d’un vert plus aristocratique qui se voue déjà au noir.

quant à moi, je me consacre à temps plein à mes inquiétudes.

20170416


il a plu. j’ai dû louper quelque chose. à peine ouverts mes yeux hésitent. à quoi, à se refermer ? non. à se poser. ils préfèrent traverser les êtres, errer. les yeux errants. je marche dans l’appartement en écrivant quelques mots. je mets un mot après l’autre comme je fais un pas après l’autre. pour tenir debout. et à qui je m’adresse. sinon qu’à un pauvre moi-même. et peut-être à un deuxième, un double. ou l’espoir d’un double. je ne sais pas qui. quelqu’un peut-être qui lira ces mots et m’emboîtera le pas. je ne me fais aucune illusion. je suis seul à marcher entre ces murs.

20170320 aletheia


juste écrire « litanie ». en faire un mot vide. les mots sont trop plein, plein d’un sens dont nous ne savons pas que nous n’en voulons pas. je veux chaque jour un mot de quatre lettres vide sur un mur vide. je commence la journée avec un oubli, l’oubli de ce que je voulais noter, il y a quelques minutes à peine. je pense que ça me reviendra, peut-être ; car nous sommes lundi. se dire le lundi « nous sommes déjà lundi », c’est un problème. mais dans quel cerveau vis-je. vis-je quoi d’ailleurs. je veux dérégler le temps dans mes phrases. je n’y aurais pas mis de moteur.

aux et demie des heures. le nombre de choses qui peuvent venir à l’esprit lorsqu’on se tient simplement quelques minutes devant la fenêtre ouverte, et de la musique en oxydation. les corpulences des gens qui marchent dans la rue. il y a du vent que je sens entrer à l’intérieur.
un enfant en face fait bouger les rideaux. il apparaît, suivi de près par sa mère. en face de moi pour des années, et si étrangers. entourés de vitres et à jamais.

20170312 n’écrire


je crois qu’il m’est impossible d’écrire allongé, ou peut-être est-ce sur le dos, ou bien si je ne suis pas un peu somnolent, s’il fait plus de vingt-quatre degrés ou moins de dix-sept, peut-être aussi le mardi, si quelqu’un d’autre est dans la pièce ou dans la maison, si je dois sortir, aller quelque part dans moins de huit heures, si j’ai quelque chose coincé entre les dents, si trop de lumière entre dans la pièce où j’écris, si j’ai embrassé hier mais pas aujourd’hui, si quelque chose bouge dans mon champ de vision, si je ne sais pas où telle personne est, si mon frigo est trop vide, si ma vie est trop pleine, si quelqu’un est dans un avion, si l’alarme d’une voiture sonne dans la rue, si quelque chose me préoccupe, si je ne peux pas oublier tout le monde, si quelqu’un m’a irrité, s’il y a des travaux, si je ne sens pas une sorte d’aveugle excitation minimale dans le ventre, si j’ai mes ongles même à peine trop longs, si mes mains sont trop sèches, si je sais qu’untel attend de ma part une réponse ou si je dois voir quelqu’un ce jour, si j’ai lu quelque chose de très beau ou de très mauvais, si je pense trop au bruit des autres, ou à l’indifférence à mon égard et si je n’y pense pas assez.