20170504 quatorze fraises


certains jours j’attends juste l’épuisement, enfin je n’ai pas à l’attendre, il s’est installé d’un coup, je n’y pensais pas mais le voilà en visite, il est chez moi, a pris toute la place et toutes ses aises comme s’il était chez lui, mais c’est peut-être le cas, car ces jours-là, je suis qui, je suis quoi, oui je suis coi.

d’ailleurs je suis sorti, c’est peut-être lié. car j’ai erré sans réel but, les buts vagues que j’avais s’étant effondrés, il a plu, j’étais bloqué dans le quartier arrière où je ne vais jamais, sur la terrasse protégée à boire des cafés en attendant que la pluie cesse, et j’essayais d’éviter de penser aux fois précédentes où j’avais été ici, éviter d’y penser non pas par nostalgie ou regret, mais simplement parce que c’étaient des moments sans intérêts, bien qu’aux intensités très contradictoires.

j’y ai entendu cette chanson d’une chanteuse à la mode, et j’ai aimé car elle m’a donné l’impression d’avoir quatorze ans, pas du tout comme avec une chanson de l’époque qu’on réécoute, mais comme si j’avais à nouveau quatorze ans, me rendant vivante une sensation de ce présent-là, désormais si loin, quasiment hors de vue ; oui, c’est exactement une chanson qui aurait pu exister quand j’avais quatorze ans.

elles sont belles, ces cinq tomates presque noires et parfaitement alignées, ces quatorze fraises dont il en manque cinq, mangées debout tout à l’heure aux lèvres dégoulinantes, ces deux poires dont le vert illuminera ma chambre quand j’aurai éteint la lumière, et cet avocat d’un vert plus aristocratique qui se voue déjà au noir.

quant à moi, je me consacre à temps plein à mes inquiétudes.

20170416


il a plu. j’ai dû louper quelque chose. à peine ouverts mes yeux hésitent. à quoi, à se refermer ? non. à se poser. ils préfèrent traverser les êtres, errer. les yeux errants. je marche dans l’appartement en écrivant quelques mots. je mets un mot après l’autre comme je fais un pas après l’autre. pour tenir debout. et à qui je m’adresse. sinon qu’à un pauvre moi-même. et peut-être à un deuxième, un double. ou l’espoir d’un double. je ne sais pas qui. quelqu’un peut-être qui lira ces mots et m’emboîtera le pas. je ne me fais aucune illusion. je suis seul à marcher entre ces murs.

20170320 aletheia


juste écrire « litanie ». en faire un mot vide. les mots sont trop plein, plein d’un sens dont nous ne savons pas que nous n’en voulons pas. je veux chaque jour un mot de quatre lettres vide sur un mur vide. je commence la journée avec un oubli, l’oubli de ce que je voulais noter, il y a quelques minutes à peine. je pense que ça me reviendra, peut-être ; car nous sommes lundi. se dire le lundi « nous sommes déjà lundi », c’est un problème. mais dans quel cerveau vis-je. vis-je quoi d’ailleurs. je veux dérégler le temps dans mes phrases. je n’y aurais pas mis de moteur.

aux et demie des heures. le nombre de choses qui peuvent venir à l’esprit lorsqu’on se tient simplement quelques minutes devant la fenêtre ouverte, et de la musique en oxydation. les corpulences des gens qui marchent dans la rue. il y a du vent que je sens entrer à l’intérieur.
un enfant en face fait bouger les rideaux. il apparaît, suivi de près par sa mère. en face de moi pour des années, et si étrangers. entourés de vitres et à jamais.

20170312 n’écrire


je crois qu’il m’est impossible d’écrire allongé, ou peut-être est-ce sur le dos, ou bien si je ne suis pas un peu somnolent, s’il fait plus de vingt-quatre degrés ou moins de dix-sept, peut-être aussi le mardi, si quelqu’un d’autre est dans la pièce ou dans la maison, si je dois sortir, aller quelque part dans moins de huit heures, si j’ai quelque chose coincé entre les dents, si trop de lumière entre dans la pièce où j’écris, si j’ai embrassé hier mais pas aujourd’hui, si quelque chose bouge dans mon champ de vision, si je ne sais pas où telle personne est, si mon frigo est trop vide, si ma vie est trop pleine, si quelqu’un est dans un avion, si l’alarme d’une voiture sonne dans la rue, si quelque chose me préoccupe, si je ne peux pas oublier tout le monde, si quelqu’un m’a irrité, s’il y a des travaux, si je ne sens pas une sorte d’aveugle excitation minimale dans le ventre, si j’ai mes ongles même à peine trop longs, si mes mains sont trop sèches, si je sais qu’untel attend de ma part une réponse ou si je dois voir quelqu’un ce jour, si j’ai lu quelque chose de très beau ou de très mauvais, si je pense trop au bruit des autres, ou à l’indifférence à mon égard et si je n’y pense pas assez.

20170228 mantra contraire


il est temps de se regarder en face, et de dire ce qui ne va pas. à quel point je suis loin, loin de tout ce que je pouvais espérer. une chanteuse seule me tient compagnie à la radio. je fais ce que je fais en faisant autre chose. autrement je n’y arrive pas. je dois un peu détourner les yeux. de moi-même, de ceux qui me regardent. « incroyables réponses stupides au maillon faible », c’est écrit, sous mes yeux. mantra contraire. personne ne m’a dit ok. de toute façon je n’aurais pas été d’accord. j’en ai, des 04 heures 07 en réserve, à écouter le tristango. je suis prêt à échanger tout contre un seul visage. qui me regarderait et que je regarderais aussi. avec envie de cinéma permanente, façons étranges de se nourrir.

je ne sais pas quel trésor que je n’ai pas je dilapide.

20170220 light drizzle


je colle des phrases : je parle brièvement à quelqu’un qui travaille dans la « communication de crise ». l’expression me fascine, je la trouve belle et romanesque. est-ce tant opposé. est-ce qu’aller au supermarché faire ses courses est la négation de l’écriture ? causerie qu’a rien à dire. c’est l’anniversaire ou je sais pas quoi de Warhol, Andrew, Andy.
un livre sur quelqu’un qui adore les chiens ? un livre sur quelqu’un qui déteste les chiens, qui promène des chiens, qui vend des chiens, le chien comme monnaie, comme objet de réel, bref non à tout.
mais une histoire, c’est difficile, parce que c’est quelque chose de très grand (comme un vêtement). c’est-à-dire que c’est tout un défilé. et aussi je veux lire lire lire lire. qu’est-ce que je pourrais bien raconter. une vie inintéressante comme la mienne. la vie qui regarde la vie. la vie qui enlève ses habits. la vie qui se demande, la vie qui fume une cigarette, la vie qui gratte. oui à tout.
j’étudie toutes sortes de personnalités. d’une seule passion.

20170214 visage mangé par le noir


Je me mets dans la peau du fantôme.
Il faut que cela ait passé le filtre infini des jours. Quand je ferme les yeux je vois ces petits points que je ne peux pas nommer ni reconnaître, un motif probablement d’insatisfaction qui danse, seul. Il faut que je reste assis face au rien pour trouer l’ennui, le martyriser. Seul le dérisoire vient se pencher sur mon épaule. Je rêve de prendre un bus, un bus vide qui roulerait au hasard et s’arrêterait devant les divers états de la mémoire, telles des boutiques désaffectées, des défaites.
Je regarde passer les événements, ouvert à toutes les expressions, un chronomètre à la place du cœur. Le monde est une sphère qui ne tourne pas autour de moi ; simplement, s’éloigne. Je remue les lèvres pour personne.

Je repense parfois à ces photos anciennes de vingt ou trente ans, quand l’appareil était trop rudimentaire pour désavouer l’ombre qui gagnait la partie, et la lumière déclinante plus assez forte pour éclairer les visages en face.
Cela faisait la beauté du visage, cette absence dans la lumière rasante, l’impossibilité toute fraîche de ne plus voir les yeux qui eux vous dévisagent, l’heure où cela basculait sur les façades. C’est par exemple sur un balcon, il est déjà un peu tard, on est sûr que le temps va passer encore aujourd’hui.
Le visage est déjà dans le noir.
Tu sens la douceur du scandale, tu sens déjà comme une disparition, un twilight.

Il ne reste plus que la poussière de l’idole Amour brisée, et elle s’est lavé les mains avec mes larmes.