Anna Silver _ 24 _

Anna est faite de la nuit

Il n’y a pas de médicaments à la réception de l’hôtel, à peine un homme figé ;
Anna regarde, mesure la distance qui la sépare des portes automatiques, puis du dehors, et s’avance, les franchit, laissant le seuil se refermer alors sur elle, nous laissant dans l’incertitude de la revoir jamais : qui sait si elle ne préfèrera pas disparaître vraiment, elle, profitant d’heures indécises pour tracer sa voie en effaçant ses marques ;

peut-être va-t-elle se réfugier au-dehors, parmi les ténèbres

Anna est faite de la nuit, on ne sait pas si c’est la lumière qui la guide, qui la tient éveillée toujours plus tard, ou si au contraire elle n’est pas éternellement fatiguée, trop pour s’y arrêter ;

elle est après les autres, ou alors très avant ;

Dans le taxi on dirait une dernière ronde, une fugue triste ;
yeux d’Anna humectés
hommage aux phares des voitures, aux néons
Place de la Madeleine, Pigalle, Moulin rouge ; pharmacie ouverte de nuit.

 

Anna de retour prépare une aspirine, puis sort un tube de crème du sachet de la pharmacie de garde. Daniel se laisse faire ; il se met sur le ventre, on ne verra plus son visage enfui.

Elle lui masse longtemps le cou, le dos, pour lui faire reprendre possession de son corps, massage lent, en cercles centrifuges, descend, arrive à ses fesses nues entre et au-dessous desquelles elle pénètre palpe

fais pas ça

Alors, remontant, elle lui masse encore à nouveau quelques secondes les épaules, pour faire passer le refus, et lui rabat les draps sur le corps.

>>Demeure