Anna Silver _ 11 _

Gare de Cologne

Chercher une voix amie, téléphoner ; Anna à la gare de Cologne ; utiliser des minutes précieuses, se fondre soi-même dans la foule des gens et des voix en quête de quelques paroles, atténuées par la distance et l’appareillage, mais enfin attendre encore, c’est toujours occupé, occupée, l’Italie, les lignes sont prises, on ne peut joindre personne et l’on reste seule, sans l’amie, à attendre la prochaine occasion de parler enfin et d’écouter en même temps, à parts égales et simultanément, et même pouvoir un moment se taire ensemble, chacune de son côté de la ligne, comme la plus simple entente, dans le léger souffle électrisé se diffusant par l’émetteur.

Revenir sur des lieux et à peine les reconnaître ; lieux promis à la destruction, plus jamais pareils ; cabines, buffets après la cohue, tables pas encore desservies et jonchées, personnes de coudes à épaules ; buffet de gare en sous-sol, témoin de scènes muettes et répétées en variantes, inintelligibles.

Lumière atomisée et rêche, peu familière ni accueillante. C’est là que l’on se sépare plutôt qu’on s’y retrouve, en faisant tarder ; des moments qui s’éternisent.

>>Ida