Anna Silver _ 01 _


Tout le long ces bruits

Tout le long ces bruits.
Tous ces bruits les crissements des passages de l’ombre, les passages de ces ombres aux arrières-plans.
Il y a un fracas, quelque chose de précipité et de caché dans les bords, qui peu à peu s’avance ; pas rapides, bruits mordants, encerclant la vision ; accumulation d’écarts, morsures ou douceur, étagement des clameurs ; soudain un sifflet peut décider de la fin, de chasser les autres sons, comme le peut aussi une fenêtre qu’on referme.
Leur bruit de paysages. Grande chance donnée au silence.

Il y a des frottements, des bruits de matières, de rouille, de roues métalliques, de rails, cela encercle et fuit en même temps ; au-delà des voix, ou au-dedans ; comme si cela devait résonner à jamais ;

quelque chose ; des pas qui complotent, martelant la dalle qu’on a couchée, ce qui passe est déjà passé pourtant ; autour d’un pilier ; entre deux arbres ; à peine passé ou revenant ;

une fumée semble au loin mimer le bruit même d’un feu absent ;
des vues d’au-dessus ;

bruits de fenêtres fermées puis ouvertes, différant, comme une vie filtrée ;

ils sont décisifs, permettent de savoir où on est, et aussi de se perdre, de confondre, de prendre un éclat pour un autre ; tout cela ensemble fait des kilomètres ou des années, et les choses oubliées se manifestent soudain, comme une porte qui claque.

Bruits en plus des paroles, accompagnants sûrs, boucliers, pleines coupes dessinant un panorama s’étendant sans fin à partir de leurs bords.

Une jeune femme apparaît, et laisse les places se remplir puis se vider, il lui faut du temps pour se décider, peut-être à chaque moment ou endroit elle attend que le silence revienne, en elle.

C’est pour cela qu’elle s’immobilise.

>>Le quai