Alixe

/1/

…j’entrai dans sa vie comme dans une phrase déjà commencée et dont je ne connaîtrai pas la fin, tiré comme le courant d’air chaud de sa bouffée de cigarette.

La vitesse et la consomption étaient la circonstance de notre accord passager. Nous n’allions vivre ensemble qu’une ligne droite avalée d’une traite, il allait s’agir qu’elle fût la plus belle, ou la plus fugitive.

/2/

Je la prenais dans ma voiture, pour des courses à travers la ville, oui nous fûmes copilotes pendant un été.

Elle s’asseyait à côté de moi, étendait ses jambes, immenses, de temps en temps elle aimait passer les vitesses elle-même, comme on fait quand on apprend ou pour s’occuper les mains. Elle opérait à sa manière, brusquement, elle aimait le son de l’embrayage, toujours avide d’une rupture. Mais le plus souvent elle préférait passer ses ongles sur les coutures de mon jean, en appuyant un peu le sillon. Je crois qu’elle cherchait le point d’incandescence entre l’excitation et l’accident. J’ai encore sur certains de mes vêtements les cicatrices de ses agacements. Elle aimait murmurer plutôt que parler à haute voix, comme dans certains films américains qu’elle méprisait cependant.

/3/

Je ne comprenais jamais la totalité de ce qu’elle disait, théoriquement ça aurait pu suffire pour nos sept semaines de fréquentation, pour me mouvoir entre elle et moi, entre mon immobilisme et son éréthisme, mais c’était déjà l’épuisement dans nos corps avant que la vue l’un de l’autre ne se brouille à force d’alcools. J’étais obligé de deviner, de lire sur ses lèvres, à défaut que la plupart du temps je manquais de recul par rapport aux dites lèvres, qu’elle rougissait sans cesse.

/4/

La seule question qui se posait était : comment tuer le temps sans qu’il ne s’en rende compte, dans le dos et sans dignité s’il était possible. Et sans qu’il nous achève, nous. Les nuits étaient courtes et le jour agissait comme un piège dans lequel nous étions plongés et qui prenait parfois la forme de son appartement. Nous n’en pouvions plus de toujours rouler dans la ville qui était trop déserte et dépourvue. Ou bien l’essence manquait, d’une manière ou d’une autre. Alors nous nous roulions dans la poussière de son appartement. On étendait le bras, il y avait toujours un objet singulier à saisir, une bouteille à renverser, une minute à vivre en dents de scie. Une vie de couloir ; de pleins et de vides. Un matin, nous avons vidé entièrement une des pièces du logement minuscule, par ennui, par rage de trop-plein. Tout s’est retrouvé dans le couloir. Nous n’avons pas trouvé les allumettes, dans le désordre. Avons dû sortir par la fenêtre. Et l’accès à l’appartement était désormais impossible.

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