2021-0125

Quand le jour consiste en la répétition du jour précédent, avec de menues variations. Quoi noter ? Les menus, je m’en suis lassé. Je laisse simplement les mains décider, la chaîne du froid entre l’absence et les mains. Je suis toujours néanmoins traversé de squelettes de souvenirs que je m’abstiens de fixer ou de classifier. On ne se dévisage plus, on ne s’évite plus. On reste enferré. Il reste les détails, ou l’inventaire des stocks. Quelques raccourcis de pensées. J’aimerais entendre la rumeur imprécise et roulante de la foule. Les musées sont fermés. Et tant d’autres lieux. J’y pense beaucoup, à des moments aléatoires pendant la journée. Les images de ces lieux vides, des images qu’on ne peut pas voir. Je ne peux même pas voir l’image de ces lieux vides où l’on pouvait voir des images. À une époque, je rêvais (de faire) ce film: filmer les endroits fermés et vides, de nuit. Musées, administrations, opéras ; lieux clos et interdits, vidés. Sans autorisation officielle évidemment (cela n’aurait plus eu aucun intérêt), obtenir simplement l’aval improvisé de veilleurs de nuit consentants. Mais si j’ai envie, je peux fermer les yeux, et voir. Voir très nettement des choses qui m’échappent désormais. Il ne reste que des cordialement. Je ne fais que dire. Les choses impossibles, les choses du passé. Une fois qu’une chose appartient au passé, elle est dans sa gangue, elle ne m’appartient plus qu’en tant que tableau, rectangle aux bords flous. Une exposition avec un unique visiteur. Distance, condition respectée. Il y a le découpage minimal des journées ; il y a des amertumes sans horizon. La feuille non pas blanche mais grise. Un set de couleurs étroit. Cela suffit maintenant. Mais j’invoque en me taisant des instants colorés, luxuriants. Je n’ai pas de grandes idées à proposer, je ne sais pas à / pour quoi je m’obstine. Une occupation comme une autre, une manie telle se ronger les ongles. Persister néanmoins. Dans l’attente, je ne sais pas, d’un tour de parc, d’un trajet en voiture, d’un extérieur nuit.