2021-0120

Pourquoi est-ce que j’écris, puisque j’ai envie de pratiquer un art silencieux ? Je veux dire sans mots. Par exemple la musique. Le rythme, la mélodie, leurs variations ou leurs absences. Malédiction d’avoir ouvert la mauvaise porte. Je suis obligé de continuer. Je n’y vois que des mauvaises raisons. C’est faire n’importe quoi. Cela ne m’apporte rien. Est-ce qu’un moment, il y aura un retournement de situation, un apport, quelconque ? De l’argent, un crédit bancaire, un amour ? Il n’y a pas de synonyme au mot amour. Est-ce que c’est juste du temps perdu ? Est-ce que le temps perdu est nécessairement rattrapé à un moment ou d’une autre manière ? Je déteste les questions, j’ai déjà dit ça hier. Dans un texte resté au fond d’un placard. Un texte, c’est un isolant. Un isolant rudimentaire. Ma seule issue est d’en troubler le bord. Ça me ruine le dos. État physique dégradé de l’écriture. Les yeux, le dos, l’énervement contre soi-même, le détournement devers l’essentiel. Le froid sur les mains. Au moins, ça ne coûte rien. Un art silencieux. Si je pouvais plugger un silencieux sur mes phrases, et assassiner froidement leurs objets fuyants, comme on tirait sur les horribles pigeons des rues. Les rues qui désormais sont désertées. Où sont les gens, où va-t-on aller maintenant. Pour voir des avant-bras dans des arrières salles. Mentir pour embrasser. Embrasser pour ne pas mentir. Chercher et haïr les liaisons.