2021-0114 — et ce n’est pas très bon signe / das ist mir Wurst

je me fous de l’heure à laquelle je me couche et de celle à laquelle je me lève. Je me fous de la tête que j’ai, de ne pas me raser pendant dix jours, d’être habillé n’importe comment. je me fous de ce pull gris atroce dont les manches semblent s’allonger à chaque lavage, quand je daigne en faire une en me foutant du programme que je choisis. je me fous des annonces des représentants du gouvernement avec leurs têtes stupides d’adolescents tentant de faire croire qu’ils maîtrisent la situation, leurs têtes d’abrutis dans un mauvais fantomas. je me fous de la réunion de télétravail à laquelle je daigne pourtant participer car j’ai besoin d’argent sinon ils verraient comment je me fous. je me fous si à midi je mange une patate crue ou un sandwich de mayonnaise évidemment tube. je me fous de changer mes draps, de lire les statuts facebook. je me fous si ce n’est pas ma marque de cigarettes. je me fous d’écouter toujours le même disque. je me fous d’aérer, de donner des nouvelles, du paysage enneigé, de faire de l’exercice. je me fous de la carte de voeux des voisins, du nouvel emballage des vaches qui rient. je me fous de ce que pensent les gens qui pensent. je me fous du grotesque des points au milieu des mots. je me fous presque de mes souvenirs, si ce n’est qu’ils servent à vivre et à souffrir. je me fous moins du passé que de l’avenir dont personne n’a encore la preuve. je me fous de la date de péremption des crêpes congelées. je me fous si c’est un marron confit et non pas glacé. je me fous d’avoir des crampes en pleine nuit. je me fous des jeunes talents prometteurs, moi qui me fous de n’avoir jamais tenu aucune promesse d’aucune sorte. je me fous de n’avoir aucune chance, je me fous des mètres carrés. je me fous de la qualité du son, je me fous de l’acteur à la con. je me fous du renouveau et de la génération spontanée. je me fous des chiens et de l’eurovision.