à suivre

si on reste chez soi, on n’est plus regardé. on perd lentement cette, quoi, fraicheur, un peu métallique. l’accroc d’un regard de hasard, le regard d’une connaissance, ou d’une inconnue de la rue. mystère, car est-ce, un contact physique ou un rien de passage ? équation médiocre dont je fais ce que je peux. je braque la lampe sur mon visage, comme je l’ai toujours vu faire dans les films policiers. où étiez-vous dans la nuit du. je vous dis que je n’ai rien à dire. des cercles clairs et des sources d’inquiétudes, inépuisables et sombres. cela me fait des cicatrices de lumière. le chrome très ancien que je ne me lasse pas d’admirer, comme une carrosserie modern style, blesse mon œil. des taches qui ne signifient rien. mais j’ai ressenti de la vivacité, le ressort du diable.. je ne fais que constater la présence de mécanismes sous-jacents. l’enquête avance, il y a plusieurs pistes. je me souviens, lorsqu’il m’arrivait encore de marcher sur les avenues racées de l’arrondissement, je me retournais de temps à autre, pour voir si quelqu’un me suivait. la morsure de déception qu’il n’y ait personne. je relevais quand même mon col, pour me donner le change ou du courage. je mets à profit le coin de la rue pour sortir du champ, au bas de la page. il me coûte de sans cesse devoir dire “je”, c’est pourquoi je n’écris plus. je déplie ma fascination pour les transports immobiles, je laisse la parole. quelque chose me fait parfois “dresser l’oreille”, comme on dit. j’écoute par exemple la radio, le soir chez moi. et il arrive, rarement, que le programme s’interrompe, pendant de longues secondes, ne laissant qu’un bruit de grésillement persistant. aussitôt, je me fige, je m’arrête. je suis sûr que quelqu’un va s’adresser à moi, directement, flèche tirée à travers les épaisseurs. et puis l’émission, reprend, comme si de rien n’était. mais je ne l’écoute plus. j’ai décroché. pourtant ce frisson qui me prend… de quelle existence vient-il témoigner ? pas seulement de la mienne. une alarme encore sourde a sonné au portique. quelqu’un a t-il déjà pensé à signaler votre disparition des radars ? non, car vous êtes oublié. ou, c’est possible, c’est une hypothèse comme une autre dans le grand scénario, mais vous n’y aviez jamais songé. c’est tout l’intérêt de passer de longues heures sur les plages du rêve. l’enquêteur reste silencieux. il se tient face à moi ; nous savons tous deux qu’il n’y a pas de résolution. il attend secrètement que je lui pose des questions, il a sans doute des choses à dire. il a attendu, attendu ce moment toute son existence. la patience a clouté son perfecto. nos regards se croisent, il faut réfréner l’oubli. il attend, il disparaît. les plus beaux films ont lieux sur l’envers du décor. en moi des images d’intérieurs inconnus se succèdent, des plans fixes de vide, reposants, déserts. souvent une lampe cette fois plus douce éclaire la scène. mais ce qu’on n’a pas vécu prend trop de place, on peut en entendre le craquement de toutes les pièces, de tous les os.
la phrase la plus marquante, depuis toujours, inoubliable, que je ressasse, toujours présente, à voix basse : “à suivre”.