20170110 l’ennui


mon cœur se serre en pensant à la ville qui vit sa vie sans moi. je pense aux heures que j’aime passer dans les cafés, les cafés de premiers étages. je ne voudrais qu’une chose, savoir décrire cette sensation d’après-midi flottante que j’ai tant vécue. La lumière grise et douce à travers les rideaux de tissu froid caressant le sol (ils sont là depuis vingt ou trente ans, pleins de beauté et de saleté), le soleil qui parfois se tire ou se pointe. Les échanges de regards avec les clients, les inconnus. le bruit du tramway de cette ville où je ne faisais que passer. Je peux observer à loisir, à m’en saoûler, tous les déplacements, les contenus des paquets, les gens se prendre ou se laisser aux coins des rues, en bas. Cette salle à manger m’est familière, tiens. Car elle me rappelle la salle à manger d’une vieille parente, chez laquelle j’allais, enfant. Où je m’ennuyais terriblement. Je percevais le bavardage des adultes comme un poison dont je devais me protéger. Je le repoussais vers le bruit que faisaient les radiateurs. Le musique seule me protégeait. Mais ce que j’ignorais, c’est que cet ennui s’emmagasinait en moi, avec une gigantesque précision, dans ma mémoire la plus profonde et la plus enfouie. Et qu’il pourrait, par morceaux, rejaillir par surprise, et me fournir des fragments sans cesse renouvelés d’une drogue dont je m’injecterai le cerveau. (…)