20160219


Est-ce qu’on peut dire quelque chose de soi dans le métro, ou bien les autres neutralisent sans rien faire toute velléité d’affirmation ou d’énonciation ? D’autres choses parlent plus ou moins, selon leur propre manière : je parcours les placards publicitaires, les affiches diverses qui tentent d’intervenir. J’écoute la conversation enjouée de ces deux Italiennes, je me sens très éloigné d’une parole qui serait susceptible de me venir. Ce serait un événement qui outrepasserait la parole, ce serait même une sorte de contre-parole, quelque chose qui contredirait le cours normal. On s’arrête dans un tunnel. Les lumières s’éteignent et la machine s’interrompt. Tout le monde baisse la voix. Nous sommes dans le noir, comme dans une salle de cinéma. Mais les écrans sont dans nos paumes, et nous ne savons qu’en faire.

La cinéphilie de mon adolescence était faite de désir et de frustration, alors qu’aujourd’hui les ressorts en sont complètement inversés : tout est accessible presque dans l’instant, c’est très différent. Pour moi, voir un film était un événement quasiment rare. Je passais plus de temps à lire des articles, à rêver en consultant des synopsis dans Pariscope ou à feuilleter dans tel livre, bien sûr sans le posséder, à rêver sur les photos d’Alice dans les villes.