20151206 vaguer


Facelib
Je passe à travers facebook, qui ne me sert à rien, comme à travers une passoire. C’est une sorte de terrain vague, désert, sans interactions, une sorte de musée vide, étroit et inerte. Je m’amuse, cette nuit, à aller de profils non-amis à d’autres, ad libitum, comme si on pouvait voyager sans conséquence d’un visage d’un pays à l’autre. Souvent, c’est une impasse car la personne masque son réseau d’amis, alors je reviens en arrière, et je saute sur une autre case. Étrangement, je tombe parfois sur quelqu’un qui a une relation en commun avec moi (qui en ait pourtant très peu), ça doit être une loi ou une poétique des algorithmes. Je me demande si des gens vont ainsi au hasard faire des commentaires à des inconnus, c’est très tentant, des tas de boîtes de commentaires n’attendent que ça. Affaire à suivre. Je ne m’attarde pas trop, non, je ne veux pas. Je veux juste « marcher », croiser un visage, lire un nom, comme on lirait le nom des villages qu’on traverse en voiture, aveuglé parfois par le noir aux fenêtres, j’essaie de m’éloigner de moi en cliquant sur la tête des autres.

Scarborough
Plus tard, j’ai eu rendez-vous avec une jeune femme sur la google map d’une plage de la côte anglaise. À Scarborough. Il faisait beau sec et froid, nous nous sommes promenés devant les vagues en bavardant longtemps. Puis nous sommes allés nous réchauffer devant un thé brûlant, agrémenté peu après d’un alcool de prune ancien au nom imprononçable. Le décor qui nous entourait, d’un bois sombre, nous portait aux confidences, et sans retenue. Il assombrissait aussi nos visages, au fil de la descente du jour qui tombait sur nos cuisses. À mal voir, nos visages se heurtaient dans la pénombre, ce qui créait le contraste idéal d’avec la clarté révolue de l’après-midi.