vestiges


aujourd’hui je dois m’y reprendre à deux fois, pour tout, peut-être est-ce mieux,
j’use le temps plus
comme appuyant sur l’accélérateur et le frein en même temps,
pour l’éroder

je ferme les yeux et la journée
réapparait sous les paupières
j’entends les phrases croisées ici et là dans les gares que sont nos villes
la journée c’est aussi les phrases qui restent, de soi ou des autres, qu’importe

annuler notre rendez-vous
elle en robe rayée rouge et blanc et moi rouge à pois blancs
pour ma part un peu trop de carottes
les gens te disent bonjour quand tu entres mais jamais au-revoir quand tu sors

il y avait aussi quelqu’un, récitant la conjugaison du verbe être au passage piéton

plus tard
j’ai mâché un bout d’aluminium
fumé une cigarette dans la rue, près du bal nègre
écrit des lignes inutiles
—50% sur la papeterie

un jour quelqu’un m’avait dit: « je trouve que ma vie est vide »
pourtant je la trouvais sa vie bien plus remplie que la mienne
mais
j’allais pas tout lui raconter au supermarché
j’allais pas raconter ça à tout le supermarché

j’en avais soupé des produits affectueux

rencontrer des vrais gens devenait très compliqué,
c’était la grande ville
personne ne voulait quitter son arrondissement
on finissait de plus en plus tard
on mangeait des trucs déjà pas très bons
avec seulement 52% de vrais aliments

je voudrais voir un lac. pour voir un lac, voir comment ça fait
les nuits ce sont des voix fugaces sur des mobylettes