raspoutine rêvant


il faut parfois attendre très longtemps pour que les choses se taisent.
c’est pourquoi j’attends, je veille, jusqu’à ce que le silence soit complet, dans l’immeuble, dans la rue, la ville, la tête. j’attends que le dernier son, la dernière rumeur aient disparu du jour courant à sa perte. je ne m’entends plus moi-même, je peux me mouvoir sans aucun bruit, c’est ainsi la pleine nuit et enfin le silence s’est étendu partout, étale, sans que plus aucun sens n’existe ou ne dicte quoi que ce soit à personne. ainsi il est trois ou quatre heures du matin sur le plateau de la balance, on ne sait pas exactement quel jour on est, plus tout à fait dans celui qui finit, pas encore de celui qui commence. je suis relâché, mes épaules s’indiffèrent, je deviens peut-être le cintre de moi-même. même la voiture qui passe roule sans bruit en même temps que les images qui passent sont cotonneuses, contrastées, noir et blanc. une pensée pour quelque raspoutine rêvant, sourcils froncés mâchant silence et méfaits, façonnant des colères sans objets, une pensée pour la fumée de ce qui a été l’après-midi, la tentation est grande d’attendre, six heures, de sortir marcher à revers. c’est la seule heure où la résonance compte plus que le son lui-même. je bricole une émission de radio de pleine nuit que très peu de gens écoutent, c’est comme d’être le pianiste d’un bar vide, mais pas tout à fait, toujours là pour un échoué de hasard.