Un collage de Violette


Violette découpe des silhouettes dans des magazines féminins, qu’elle colle sur des feuilles volantes. elle leur dessine des bulles un peu maladroites, dans lesquelles elle m’écrit des messages contradictoires. Je pense à toi. Je ne t’aime pas. Je n’aime que toi. elle a quelques crayons gras avec lesquels elle ajoute et peint d’approximatifs ornements. ou bien elle souligne les bustes, les attributs des personnages accumulés sur la page. elle colle aussi tel ou tel objet qu’elle convoite et dont elle a découvert l’existence dans les pages shopping. elle a de ces après-midi d’ennui qu’elle meuble. elle n’a pas le droit de faire venir des gens dans sa prison dorée du bord de ville, mais elle le fait discrètement, pendant la journée, où elle y est seule. elle vit là dans l’entresol, dans la salle de télévision, à regarder des dvd de films sirupeux qu’elle connaît par coeur et qui ne sont jamais dans les bonnes jaquettes. sa chambre, elle, est au premier étage, d’où l’on voit l’unique arbre de la cour. autour et au pied de l’arbre, il y a toujours des assiettes ou des verres cassés, qu’elle lance, je suppose, quand elle n’a pas envie de faire ou de redescendre la vaisselle. dans le mur de sa chambre, de multiples niches où sont entreposées des breloques diverses, ou bien de menus gadgets. on pourrait reconstituer ainsi les dix dernières années de son existence, toc, brisée. il y a des chances qu’après le film vous accédiez à sa chambre si elle a envie de vous voir de plus près. je me souviens d’une après-midi de décembre passée sur son lit à regarder la neige qui devenait cristal à travers les barreaux de la fenêtre. je n’ai jamais connu personne qui s’employait à ce point et si littéralement à tuer le temps. puis elle a tenu à ce que nous couchions ensemble pendant qu’elle téléphonait à un garçon qu’elle faisait tourner en rond, en lui faisant doucement la conversation. c’est insensé et tristement vrai. je vois encore la physionomie de son visage modifiée à chaque instant par les plaisirs divers qu’elle s’accordait simultanément. plus tard elle m’en fit un collage, où le silence, les gémissements et la conversation de ce jour-là sont remplacés par les paroles de chansons d’emballage qu’elle avait en tête en découpant-collant ses petites effigies de papier glacé.