Violette Plaisance


beaucoup plus tard dans l’hiver, je ne voyais plus Violette depuis des mois, je vais aider une amie à déménager, un matin très tôt de serpillière grise. en sortant du métro à Plaisance, quelques mètres après, je croise Violette, avec toujours son caban bleu nuit. il est très tôt, les gens vont travailler, ils expirent des buées en silence, certains font du bruit en pensant. je n’ai pas le temps de l’apercevoir, je me trouve d’un coup pile face à elle et à son regard bleuté que j’identifie instantanément. mais pourtant, il a terriblement changé. elle me regarde, tout cela va très vite, j’ai l’impression de voir une demi-folle. en tout cas un fille totalement étrangère que je ne retrouve pas malgré le visage, les vêtements. elle même me regarde sans rien dire, avec une espèce d’effroi, j’ai l’impression de voir une égarée, dans une forêt ou que sais-je. elle a les cheveux sales et emmêlés, ce qui la rend très belle, ses cheveux épais de méduse braque.
mais ce regard a l’air de découper tout ce sur quoi il porte, je me sens dévisagé, mais j’ai surtout la sensation qu’elle ne me reconnaît pas, ou de manière très confuse. est-il possible qu’elle ne sache plus qui je suis, voilà ce que je me demande, toute cette matinée-là, une fois que la surprise de l’avoir rencontrée et la stupeur de son visage rendu à l’inconnu se sont dissipées.