Violette, un premier soir


nous voilà cette première nuit à marcher sur les boulevards, nous cherchions un endroit où nous asseoir, un refuge provisoire pour ne pas encore rentrer, enfin en tout cas moi je cherchais à prolonger l’effet produit sur moi par sa présence physique, ses attraits divers et mal définis. plusieurs personnes nous demandèrent leur chemin, à nous qui ne savions même pas où nous allions. on parlait d’attendre l’ouverture (il était très tard, cela me revient) d’une brasserie qu’elle connaissait et qui ouvrait bientôt. je comprenais qu’elle était familière de ce genre de situations, chercher un endroit en pleine nuit. je regardais sur mon téléphone si je pouvais trouver quelque chose d’ouvert, mais ça ne marchait pas, je n’arrivais pas à trouver le précieux renseignement. et nous n’allions pas tourner ainsi indéfiniment dans le quartier. de temps en temps elle s’éloignait en diagonale et allait regarder une vitrine, et je me souviens qu’elle posait à chaque fois ses mains sur l’étroite plaque de verre. je me demande aujourd’hui si ce n’est pas une tonalité très précise dans sa voix qui me retenait à ce point, en plus de ce qu’il faut bien appeler sa beauté un peu viciée. comme si j’avais été spécialement sensible à telle fréquence qu’elle modulait en parlant et qui m’attachait ainsi à elle. elle me parlait de son goût pour les tartares de boeuf, de son retour à Paris (elle avait suivi un type qu’elle connaissait à peine dans une autre ville, pendant quelques mois, elle venait de revenir, il n’arrêtait pas de lui envoyer des sms, elle m’en faisait lire quelques-uns). elle n’avait pas de travail, elle parlait de se faire engager dans une boulangerie, bizarrement je trouvais que ça lui allait bien. plus tard et la connaissant un peu mieux (l’ayant même accompagnée dans sa recherche d’emploi une fois ou l’autre), j’imaginerai d’ailleurs facilement violette vivre sa vie de nuit, et puis rejoindre son travail non pas après les heures de sommeil, mais émergeant de ses nuits cahotiques pour prendre son poste de boulangère, comme si de rien n’était, pas même fatiguée.