Violette


un soir, une conversation, dans un ascenseur. ils disent qu’il faut l’empêcher de boire. sinon « son cerveau fait ffft”. nous entrons dans l’appartement, ceux qui sont montés à pied arrivent juste derrière. le studio est minuscule, il est tard mais personne (six ou sept personnes en fait) n’est fatigué ni raisonnable. c’est une brune belle à la voix perdue, grave. mais est-ce bien elle aussi dont ils parlaient, dans l’ascenseur ?
tout le monde y va de sa petite musique. il y a des maquettes de décors de théâtre un peu partout sur les étagères, des maquettes démantibulées pour la plupart. la cuisine m’évoque une échoppe de trottoir asiatique. violette et moi, je ne sais plus comment, je crois que j’ai parasité une conversation, nous parlons d’un peintre, Spilliaert. dont l’autre type ignore tout. parfois ça sert de connaître le nom d’un peintre. quand elle voit que je connais bien, son visage s’illumine vers moi, comme si c’était la première fois qu’elle me regardait (nous nous connaissons depuis deux trois heures seulement). elle déplace son corps dans ma direction, jean bleu, haut bleu, de fins bracelets d’or au poignet. elle boit quand même, mais pas trop. elle est distraite. elle répète sans cesse vouloir toujours rentrer, je veux toujours qu’elle reste. on fait un pari dont j’ai oublié la teneur, mais que je gagne, elle reste donc, sans précision de durée. elle se décrit comme la fille qui n’a jamais rien dans les poches. toutes les cigarettes qu’elle sort de la poche de son jean sont soit cassées, soit recourbées.