heure de l’absente

je ne pouvais pas me coucher tôt, j’attendais deux heures du matin, tout le monde avait sombré, c’était l’heure où une moitié avait disparue et où l’autre n’était pas encore apparue, je pouvais être à peu près seul et penser à l’absente, qui savait recenser toutes mes hésitations en regardant les mouvements de balancier que faisait mon bras dans le vide.
je lui réservais cette heure-ci, c’est n’est pas parce que quelqu’un s’est retiré de votre vie qu’il ne continue pas à y jouer un rôle. mon existence n’était que bars vides d’heures creuses, je me traînais devant les quelques flippers qui restaient, je n’avais plus que des souvenirs brefs mais vivaces, une tache de soleil sur le capot des voitures faisait mon délice à me priver un peu de vue, j’empruntais des défilés byzantins et des idées creuses où coulait ma soif.
ainsi, à deux heures de la nuit, j’étais complètement disponible pour me laisser noyer. Unnea (c’est ainsi que par affectation je l’appelais) venait s’asseoir sur le bord de mon lit en y faisant un large creux. j’étais familier de sa grande blouse grise qui se confondait avec mes draps, de son sourire qui débordait un peu trop. elle parlait beaucoup, ce qui lui faisait pousser des mauvaises herbes entre les dents, que j’arrachais avec les miennes. elle me parlait de ce qu’elle avait vu durant la vingtaine d’heures qui précédait sa venue, en me maintenant sa main sur le cou, elle disait que les choses passaient ainsi de gorge à gorge. si bien qu’y apparaissait une marque persistante où l’on devinait la forme de sa main. je regardais son corps dont je percevais tous les mouvements, tous les axes, toutes les entrées, et à quel point elle était crue. ma peau se tendait de souvenirs pas encore secs. entre trois et quatre heures, j’étais pris d’un sommeil de façade. elle en profitait pour repartir en déclinant comme une heure lasse.